Ramadan 2017: deuxième semaine

La Bible, le Coran et la balance

Ramadan 2017: deuxième semaine

 di Renzo Petraglio

Pendant cette deuxième semaine de ramadan, je veux prendre en main une section de la sourate 42. Cette sourate porte le titre « ash-Shûrâ », c’est-à-dire « La concertation ». Ce titre trouve son fondement dans le verset 38, là où le Coran invite à agir, dans le plan social et politique, dans un climat de concertation. En effet, « l’islâm est essentiellement démocratique dans ses institutions. Et le chef de la communauté islamique ou d’un pays musulman doit détenir son pouvoir par la volonté populaire»[1].
La première partie de cette sourate met l’accent sur la religion que Dieu a révélée aux anciens prophètes. Pour ce qui en est de Muhammad, il a la tâche d’appeler à cette religion. Et cet appel est adressé, en particulier, à celles et à ceux qui ont pris connaissance du vrai culte de rendre à Dieu. En effet, ces personnes se sont divisées s’opposant les unes aux autres.
Dans ce contexte, le message que Muhammad reçoit est exprimé en ces termes:

15 Appelle donc les gens à la foi ! Va droit comme il t’a été ordonné!
Ne suis pas leurs folles divagations et proclame:
« Je crois à tout ce que Dieu a révélé comme Livre ! Il m’a ordonné d’être juste parmi vous.
Dieu est notre Seigneur et votre Seigneur ! À nous nos œuvres et à vous vos œuvres.
Il n’y a aucune dispute entre nous et vous.
Dieu nous réunira un jour, car c’est vers Lui que tout doit faire retour».
16 Ceux qui continuent à discuter au sujet de Dieu, après lui avoir déclaré leur obéissance,
leurs arguments sont sans valeur auprès de Dieu.
Une colère tombera sur eux et un châtiment intense.
17 C’est Dieu qui a révélé le Livre, en toute vérité, et la balance.
Qu’en sais-tu ? L’Heure est peut-être proche (Sourate 42,15-17).

Cette page du Coran évoque, au verset 16, l’attitude des impies et leurs objections habituelles par rapport à la foi. Différent est le contenu du verset précédent et du suivant.

La première phrase du verset 15 évoque la foi ou la religion instituée à travers la révélation faite à Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Muhammad[2]. Toujours dans ce même verset, l’expression « ce que Dieu a révélé comme Livre » (kitâbin en arabe) évoque en particulier l’Ancien et le Nouveau Testament. Et à ce propos, nous avons des « paroles conciliantes à l’adresse des chrétiens et des juifs »[3]. Différent est le verset 17. En effet, l’expression « C’est Dieu qui a révélé le Livre » (al-kitâba en arabe) évoque le Coran[4]. Toujours au verset 17, important est le lien entre « le Livre » et « la balance » (al-mîzâna en arabe) : à travers le Livre et la balance, Dieu veut donc que les humains mettent en œuvre la justice et l’équité.
Cette volonté de Dieu est attestée aussi dans la Bible. Je pense à Amos, un prophète actif vers les années 760-750 avant la naissance de Jésus. Voici son message aux commerçants malhonnêtes :

4 Écoutez bien, vous qui marchez sur la tête des pauvres,
et qui voulez supprimer les gens simples du pays !
5 Vous dites : « Que la fête de la nouvelle lune finisse ! Alors nous pourrons vendre notre grain.
Que la fin du sabbat arrive vite ! Alors nous pourrons ouvrir nos sacs de blé.
Nous allons diminuer la marchandise, augmenter les prix et fausser les balances pour tromper.
6 Nous pourrons acheter les faibles et les pauvres comme esclaves,
pour le prix d’une paire de sandales. Nous vendrons même les déchets de blé ».
7 Mais Yahvéh fait ce serment : « Je n’oublierai aucune de leurs actions » (Amos 8,4-7)

Devant un tel comportement, le prophète ne peut qu’annoncer la catastrophe qui se prépare : la réaction de Dieu et aussi de la création. En effet, nous dira Amos dans la suite de sa page, la violence et l’injustice vont produire des effets comparables à un tremblement de terre ou à une crue du Nil qui risque de tout détruire[5].
C’est le moment de terminer cette page et, pour moi et pour toi, de reprendre nos engagements pour la justice en suivant le message de la Bible et du Coran, les deux Livres sous le signe de la balance. Sache, chère amie, cher ami, que nous travaillons ensemble dans ce domaine.


De tout cœur

Renzo


[1] Ainsi écrit Si Hamza Boubakeur dans Le Coran. Traduction française et commentaire, Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 1503. Ce commentaire à la Bibliothèque du Centre a la cote 06.0315.

[2] Ainsi dans le grand commentaire de Tabari. Cf. Si Hamza Boubakeur dans Le Coran. Traduction française et commentaire, Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 1497.

[3] Ces mots sont de Si Hamza Boubakeur dans Le Coran. Traduction française et commentaire, Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 1493.

[4] Pour ces deux interprétations différentes du mot « Livre » ou « kitâb » aux versets 15 et 17, tu peux voir A. Godin et R. Foehrlé, Coran thématique. Classification thématique des versets du Saint Coran, Editions Al-Qalam, Paris, 2004, p. 664ss. A la Bibliothèque du Centre, il a la cote 06.0370.

[5] Cf. A. Spreafico, La voce di Dio. Per capire i profeti, Dehoniane, Bologna, 2014, p. 244.