Ramadan 2020: deuxième semaine

« Je me réfugie auprès du
Seigneur des humains »

Ramadan 2020: deuxième semaine

Si la sourate 113 nous parlait des difficultés que d’autres personnes peuvent nous provoquer, la sourate 114 évoque les difficultés que nous rencontrons à l’intérieur de nous-mêmes et qui sont encore plus graves. Voici une traduction de ce texte :
Au nom de Dieu, le tout miséricordieux, le très miséricordieux.
1 Dis : « Je me réfugie auprès du Seigneur des humains,
2 le Roi des humains,3 Dieu des humains,
4 contre le mal du mauvais conseiller, furtif,
5 qui susurre le mal dans les poitrines des humains,
6 qu’il fasse partie des djinns ou des humains » (Sourate 114,1-6).

Cette sourate porte le titre « an-Nâs », c’est-à-dire « les humains ». Et ce titre ne fait que reprendre la même expression que nous retrouvons cinq fois dans le texte. Mais les humains ne sont pas seuls : ils peuvent se réfugier en Dieu. Et la sourate nous parle de Dieu en utilisant trois expressions différentes. Il est le « Seigneur des humains » (v. 1), le « Roi des humains » (v. 2) et le « Dieu des humains » (v. 3). En effet, nous le percevons comme le Maître, comme le Seigneur qui nous guide ; nous le découvrons comme le Roi duquel nous dépendons ; enfin comme Dieu, donc comme celui qui seul est à la racine de notre existence, mystérieusement présent à chaque minute et vers lequel nous allons jour après jour[1].
A côté des humains et de Dieu, la sourate mentionne le « mauvais conseiller », celui qui susurre le mal dans nos poitrines, le tentateur (vv. 4-5). Et le dernier versets cite aussi les « djinns ». Il s’agit d’un mot construit à partir d’une racine qui évoque l’action de couvrir, obscurcir ou cacher[2]. Et dans le Coran les djinns sont des êtres au milieu entre les humains et les anges[3]. Toujours à propos des djinns, on raconte qu’ils inspiraient les poètes et qu’ils se divisaient entre bons et mauvais[4]. Et à ces derniers il suffit une fraction de seconde pour insinuer un mauvais doute, attiser un mauvais désir, souffler un mauvais conseil, suggérer une mauvaise action[5].
Plus en général, à propos de notre sourate, on peut dire qu’elle évoque – globalement – les

agitations qui s’emparent de l’âme et troublent sa quiétude : dépression nerveuse, mélancolie, manie de persécution, angoisse, obsession, stress, etc., qui peuvent être suggérées aussi bien par les hommes que par Satan tentateur[6].

La sourate est une prière à travers laquelle nous cherchons en Dieu notre refuge vis-à-vis de ce qui, à l’intérieur de nous-mêmes, peut menacer notre relation avec lui. Et parfois nous cédons à ces menaces, à ces impulsions. Et alors ? Que faire ?
Une réponse nous pouvons la lire dans le psaume 130, dans un chant « des montées », un chant qui nous permet de remonter après nos chutes.
1 Cantique des montées. Des profondeurs (de l’abîme) je t’appelle, Yhwh :
2 Seigneur, écoute ma voix ! Que tes oreilles soient attentives à la voix de mes supplications !
3 Si tu gardes (le souvenir) des fautes, Yah, Seigneur, qui pourrait se tenir debout ?
4 Mais le pardon est avec toi, afin que tu sois aimé parce que surprenant.
5 J’espère en Yhwh, mon être espère, et je suis en attente de sa parole.
6 Mon être est en attente vers Yhwh, plus que les gardes vers le matin,
oui, plus que les gardes vers le matin (Psaume 130,1-6).

Ce psaume exprime la condition et l’espoir d’un pauvre pécheur, donc de chacune et chacun de nous. A travers l’image des profondeurs de l’abîme, le psaume nous présente notre condition de pécheurs comme celle d’un homme précipité dans un puit d’où il ne peut plus remonter. L’image de l’abime nous montre que le péché n’est pas un acte d’un moment ni un acte extérieur à notre condition humaine. Non, il s’agit d’une situation durable, une situation qui nous prend dans la profondeur de notre être. En plus, de cette condition nous ne pouvons pas nous libérer. Seulement Yhwh Dieu, que le poète appelle aussi avec le mot plus intime «Yah», peut intervenir et nous sauver – d’une façon surprenante[7] – de notre radicale impuissance.
Après l’image des profondeurs et de l’abîme, dans le psaume il y a celle de l’attente. Notre attente du pardon de Dieu est comparable à l’attente des sentinelles qui attendent l’aurore. Dieu qui nous libère de l’abime du péché est comme la lumière, la lumière que nous désirons intensément, la lumière qui illumine la nuit dans laquelle nous vivons[8]. Voilà ce que nous, dans la prière, nous pouvons demander à Dieu : Dieu qui nous libère de l’abime, Dieu auprès duquel nous – dans notre faiblesse profonde – nous cherchons notre refuge.


[1] Ainsi Meriam-Herzog Tourki, Paroles du Coran pour aujourd’hui, Mediacom, Amiens, 1998, p. 69.

[2] M. Gloton, Une approche du Coran par la grammaire et le lexique. 2500 versets traduits – lexique coranique complet, Albouraq, Beyrouth, 2002, p. 315, nr. 0270.

[3] M. Guzzetti, Il Corano. Introduzione, traduzione e commento, Elledici, Leumann (Torino), 2008, p. 316.

[4] Il Corano, a cura di Alberto Ventura. Commenti di Alberto Ventura, Ida Zilio-Grandi e Mohammad Ali Amir-Moezzi, Mondadori, Milano, 2010, p. 842. D’autres données dans Le Coran. Traduction française et commentaire, par Si Hamza Boubakeur, Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 1835-1838.

[5] Meriam-Herzog Tourki, Op. cit., p. 70.

[6] Ainsi Si Hamza Boubakeur, Op. cit, p. 2051.

[7] Pour l’action de Dieu qui nous surprend avec son pardon, Cf. G. Ravasi, Il libro dei salmi. Commento e attualizzazione. Vol. III (Salmi 101-150), EDB, Bologna, 2015, p. 644.

[8] Pour ces remarques sur le psaume, cf. B. Maggioni, Davanti a Dio. I salmi 76-150, Vita e pensiero, Milano, 2002, p. 232.

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