Yhwh est mon berger, je ne manque de rien (Ps 23)

Yhwh est mon berger, je ne manque de rien. (Ps 23)

Eucharistie : 11 mai 2014

 

Ezéchiel est un prêtre qui, avec une partie importante des habitants de Jérusalem, a été exilé à Babylone. Et à Babylone, pendant l’hiver de l’an 586-585, il reçoit l’annonce que Jérusalem, d’abord assiégée par les Babyloniens, a été conquise et détruite. Et, devant cette catastrophe[1], le prophète en dévoile les responsables. Il y a, chez les Babyloniens, la volonté d’élargir leur pouvoir. Mais il y a aussi la mauvaise politique des guides d’Israël, de ses bergers qui n’ont pas pris soin du peuple et se sont enrichis en s’imposant sur lui. Et le prophète les accuse : « Les brebis qui étaient faibles, vous ne les avez pas fortifiées ; et celle qui était malade, vous ne l’avez pas guérie ; et celle qui était réduite en morceaux, vous ne l’avez pas soignée ; et celle qui s’était éloignée, vous ne l’avez pas fait revenir, et celle qui était perdue, vous ne l’avez pas cherchée ; mais vous les avez dominées avec force et avec cruauté. Et elles se sont dispersées par manque de berger ; elles sont devenues la nourriture de tous les animaux sauvages de la campagne ; elles se sont dispersées » (Ez 34,4s).

 

Après avoir dénoncé la mauvaise politique des guides juifs qui ont profité de leur peuple et l’ont ainsi livré aux animaux sauvages, c’est-à-dire aux troupes de Babylone, Ezéchiel présente la réaction de Dieu. Il est le berger de son peuple. Il s’occupe des pauvres, des malades, il prend soin aussi de la « nishbèrèt », littéralement de la brebis « réduite en morceaux ». Quant aux enrichis, à ceux qui ont profité des autres, quant à « la bête grasse, la bête forte, je la supprimerai[2]. Je serai un berger juste » (v. 16).

 

Enfin, pour celles et ceux qui sont en exil à Babylone et pour les personnes qui sont

dispersées dans les différents pays, voilà le message libérateur : Dieu, comme un bon berger, va les réunir et les accompagner sur le chemin du retour.

 

Du livre du prophète Ezéchiel (34,11-16)

14 Oui, ainsi parle Yhwh le Seigneur : Me voici : moi, je chercherai mon petit bétail et je prendrai soin de lui.

12 Quand un berger se trouve au milieu d’un troupeau dispersé de tous côtés, il prend soin de son petit bétail. De la même façon, je prendrai soin de mon petit bétail. Je les prendrai de tous les lieux où ils ont été dispersés un jour de brouillard et d’obscurité.

 13 Je les ferai sortir d’entre les peuples, je les rassemblerai des différents pays et je les ferai venir sur leur terre. Je les conduirai sur les montagnes d’Israël, dans les vallées, dans les meilleurs endroits du pays.

14 Je les conduirai dans un bon pâturage, et ils auront leurs champs d’herbe sur les montagnes du pays d’Israël. Là, mes brebis pourront se reposer dans de beaux prés. Elles mangeront dans des endroits fertiles, sur les montagnes d’Israël.

15 Je serai le berger de mon petit bétail, c’est moi qui le ferai se reposer. Moi, Yhwh le Seigneur, je le déclare.

16 La brebis perdue, j’irai la chercher, et celle qui s’est égarée, je la ferai revenir, et celle qui a été réduite en morceaux, je la soignerai, et celle qui est malade, je la fortifierai. Mais la bête grasse, la bête forte, je la supprimerai. Je serai un berger juste.

  

   Le psaume 23 est une prière très simple : elle ne demande rien à Dieu, elle n’est pas un remerciement ou une louange[3]. Elle est un moment dans lequel une personne prend conscience de ce qu’elle vit.

   Le poème se compose de deux parties : la première (vv. 1-4) chante Dieu comme berger, la seconde (vv. 5-6) comme hôte.

   Dans la première partie, le poète célèbre Dieu – d’abord (vv. 1-3) – à la troisième personne : il est mon berger, il me fait reposer, il me conduit, il me guide. L’image est celle d’un berger qui n’a pas de résidence fixe. Il est toujours en marche, avec sa

brebis, pour la guider où il y a de l’eau, de l’herbe fraîche, un endroit pour lui permettre le repos.

Mais, si en Palestine d’habitude le berger s’occupe de plusieurs brebis, le poète se sent comme la seule brebis, et le berger s’occupe toujours d’elle, en lui révélant son amour, «son intimité» (v. 3).

   A la fin de cette première partie, le poète ne parle plus à Dieu à la troisième personne : il utilise la deuxième personne, il lui dit ‘tu’ : « tu es avec moi » (v. 4). Et cette présence de Dieu permet au poète de ne pas avoir peur. Il n’a pas peur même s’il va « dans une vallée de profonde obscurité » comme il y en a dans le sud de la Palestine, des vallées escarpées et très dangereuses. Plus tard, dans la traduction grecque, cette image de la vallée sera profondément transformée: en changeant une petite voyelle de l’hébreu, on traduit : « Même si je vais au cœur de l’ombre de la mort, … tu es avec moi ».

   Comme dans la finale de la première partie, aussi au début de la seconde partie (v. 5), le poète s’adresse à Dieu en lui disant ‘tu’ : « tu prépares un banquet pour moi, tu m’accueilles, tu remplis ma coupe jusqu’au bord ». Ces images correspondent à celles de la première partie: nourriture, boisson, repos. Mais ces actions ne visent plus une brebis. Le poète ne s’identifie plus à une brebis dont le berger prend soin. Le poète se présente désormais comme une personne que Dieu accueille comme hôte, un hôte de respect[4].

    Enfin, dans le dernier verset, le poète revient sur Dieu. Il en parle en utilisant la troisième personne : Dieu lui-même, sa bonté et sa fidélité[5] « m’accompagneront tous les jours de ma vie ». Si le verset 5 pouvait faire penser à Dieu qui, une seule fois, accueille l’homme comme son hôte, le dernier verset élimine toute ambigüité : Dieu accueille les humains pour toujours. Et quand Joëlle et Jérôme, par un acte de violence, ont dû nous quitter, ils sont revenus « à la maison de Yahvéh pour de longs jours », une expression biblique qui signifie ‘pour toujours’[6] Voilà le banquet que Dieu a préparé, pour ce couple et pour les autres tué(e)s, vis-à-vis de ceux qui les ont attaqué(e)s avec violence..

[1] Cf. W. Zimmerli, Ezechiel, Bd II, (Ez 25-48), Neukirchener Verlag, Neukirchen-Vluyn 1969, p. 847.

[2] Ainsi dans la plupart des manuscrits hébraïques. La traduction grecque, en modifiant légèrement un mot hébreu, a : « la bête grasse, la bête forte, je veillerai sur elle ». Cf. D. Barthélemy, Critique textuelle de l’Ancien Testament. Vol. III, Editions universitaires – Vandenhoeck & Ruprecht, Fribourg – Göttingen 1992, p. 280-282.

[3] C. M. Martini, Il desiderio di Dio. Pregare i salmi, Centro ambrosiano, Milano 2002, p. 67.

[4] Cf. E. Zenger, dans F.-L. Hossfeld – E. Zenger, Die Psalmen, Band I. Psalm 1-50, Echter, Würzburg 1993, p. 155.

[5] Cf. L. Alonso Schökel, I Salmi, vol. 1, Borla, Roma 1992, p. 461.

[6] Cf. J.-L. Vesco, Le psautier de David traduit et commenté, Cerf, Paris 2006, p. 247.

 

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