Ascension : «S’engager, d’une bonne conscience, envers Dieu» (1 Pi 3,21)

Ascension : «S’engager, d’une bonne conscience, envers Dieu» (1 Pi 3,21)

Eucharistie : 29 mai 2014

 

Ce matin, nous revenons à la Première lettre de Pierre. Dimanche, l’auteur insistait sur la mort de Jésus : « Lui qui était innocent, il est mort pour des coupables, afin de vous conduire à Dieu » (v. 18).

En poursuivant sa réflexion, l’auteur montre que la mort de Jésus a des conséquences non seulement pour les chrétiens destinataires de sa lettre. En mourant, Jésus est entré dans le royaume de la mort et a apporté la bonne nouvelle aussi à celles et ceux qui étaient morts, même aux personnes qui s’étaient mal comportées au temps de Noé et avaient été anéanties par le déluge[1]. C’est ainsi que Jésus est remonté du royaume de la mort à la tête d’une multitude de prisonniers libérés, qu’il a introduit au ciel[2], avec le malfaiteur qui en mourant avait mis sa confiance en Jésus (Lc 23,43).

Ce changement radical, le pardon et le salut pour la génération du déluge, pour les chrétiens se réalise à travers le baptême : libéré(e)s des puissances de la mort qui dominent sur le monde, c’est-à-dire le culte du pouvoir et de l’argent et de la violence, nous pouvons maintenant nous ouvrir à Dieu, nous pouvons nous « engager, d’une bonne conscience, envers Dieu » (v. 21). Et la force pour nous engager nous est donnée d’en-haut, nous est

donnée par celui « qui est allé au ciel et se trouve à la droite de Dieu, où il règne sur les anges, autorités et puissances ». Et ces derniers mots du texte soulignent une dernière fois notre condition de femmes et d’hommes libres. Le Ressuscité, et lui seul, « règne », nous libérant ainsi de toutes les puissances qui voudraient s’imposer sur nous et sur nos consciences.

De la Première lettre de Pierre (3,18-22)

18 Le Christ lui-même est mort une fois pour toutes pour les errements des humains. Lui qui était innocent, il est mort pour des coupables, afin de vous conduire à Dieu, lui mis à mort en sa chair, mais rendu à la vie par l’Esprit. 19 Par la puissance de cet Esprit, il est même allé annoncer la bonne nouvelle aux morts qui étaient en prison. 20 Ces morts sont ceux qui avaient refusé de croire autrefois, quand Dieu dans sa patience attendait leur changement. C’était aux jours de Noé, pendant qu’il se construisait son bateau. Peu de personnes, huit en tout, sont entrées dans ce bateau et ont été sauvées à travers l’eau. 21 C’est une image du baptême qui vous sauve aujourd’hui, vous aussi. Le sens du baptême n’est pas d’enlever les saletés du corps, mais de s’engager, d’une bonne conscience, envers Dieu. Et le baptême vous sauve grâce à la résurrection de Jésus Christ ; 22 lui qui est allé au ciel et se trouve à la droite de Dieu, où il règne sur les anges, autorités et puissances.

 

Poème

A la place d’un psaume, ce matin nous allons lire une page d’un livre titré « Odes de Salomon »[3]. Il s’agit d’un recueil de quarante-deux poèmes composés en syriaque, une

langue proche de l’araméen qui était la langue de Jésus. Ces poèmes ont été conservés dans un monastère en Syrie, mais ils ont aussi été traduits en copte et, en partie, en grec.

[one_fourth]L’auteur de ces poèmes est un juif, lié au temple de Jérusalem et ensuite converti au christianisme. Sa conception religieuse présente des affinités avec la théologie de l’Evangile de Jean. Comme Salomon, que David appelait « Aimé de Dieu » (2 Sam 12,25), notre poète se reconnaît aimé de Dieu. Il avoue : « Je n’aurais su aimer le Seigneur si lui ne m’avait aimé » (Od 3,3). Et dans ses poèmes, il chante l’amour de Dieu et l’intervention de Dieu qui le sauve et libère de la mort.

Dans le dernier de ses poèmes[4], l’auteur montre comment l’amour de Dieu se manifeste en Jésus et dans sa mort. En effet, en mourant, Jésus entre dans le royaume de la mort, mais le royaume de la mort ne peut pas enfermer Jésus : « Le royaume de la mort m’a vu et a été vaincu, la mort m’a vomi, et une foule avec moi » (v. 11). Un peu comme dans la lettre de Pierre, Jésus annonce la bonne nouvelle aux morts : « J’ai tenu une assemblée de vivants parmi ses morts et je leur ai parlé avec des lèvres vivantes, en sorte que ma parole ne fût pas vaine » (v. 14). Et la parole de Jésus fait naître dans les morts une prière délicate : « Aie pitié de nous, Fils de Dieu, et agis avec nous selon ta douceur, fais-nous sortir des liens des ténèbres et ouvre-nous la porte, pour que par elle nous sortions avec toi » (vv. 15-17).

Voilà comment le poète voit la mort de Jésus : une solidarité de Jésus avec les morts, pour faire d’eux ses fils, libres.

Celui qui, dès l’ascension, nous attend auprès du Père, est celui qui, agissant selon sa douceur, libère l’humanité de la mort. Essayons de prendre conscience, en lisant cette

[1] Cf. S. Vitalini, Credo in Gesù Cristo,
La Buona Stampa, Lugano, 1993, p. 145.

[2] Cf. C. Spicq, Les Epîtres de saint Pierre,
Gabalda, Paris, 1966, p. 138.

[3] Pour une introduction et une traduction de ces « Odes »,
cf. J.-M. Pierre, Odes de Salomon dans, Ecrits apocryphes chrétiens,
sous la direction de F. Bovon et P. Geoltrain, Gallimard, Paris, 1997, p. 673ss.

[4] Pour la traduction du texte syriaque cf. J.-M. Pierre, o. cit., p. 742s.
Une traduction semblable dans M. Lattke,
Die Oden Salomos in ihrer Bedeutung für Neues Testament und Gnosis. Band I,
Editions universitaires – Vandenhoeck & Ruprecht, Fribourg – Göttingen, 1979, 181ss.
En italien, cf. Gli apocrifi del Nuovo Testamento. Vangeli. Testi giudeo-cristiani e gnostici,
a cura di M. Erbetta, Marietti, Casale Monferrato, 1975, p. 657.

 

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