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Dans l’alliance Dieu nous pardonne

Carême 2017 : sixième semaine

La semaine passée, nous avons réfléchi, ma chère, mon cher ami, sur l’infidélité d’Israël : le peuple refuse de faire confiance à Dieu, dans sa parole et sa présence toujours surprenante, et il veut posséder une divinité très concrète, faite de ce que nous avons comme superflu, nos bijoux d’or. Et pourtant… Dieu annonce sa disponibilité au pardon et il renouvelle son alliance avec le peuple[1].

Le renouvellement de l’alliance, raconté dans Exode 34,10-28, commence avec ces paroles : « Et dit, Yhwh, à Moïse : “Voici : moi, j’établis une alliance vis-à-vis de tout le peuple ; je ferai des choses étonnantes qui n’ont jamais été créées dans toute la terre…„ » (Ex 34,10). Le mot « voici », « hinnéh » en hébreu, ici et fréquemment dans la Bible, sert pour introduire une parole ou une action inattendue et surprenante. Et la suite de la phrase souligne encore cet aspect en évoquant, parmi les actions de Dieu, « des choses étonnantes qui n’ont jamais été créées dans toute la terre ».

Dans la suite du texte, Dieu donne des normes de comportement pour le peuple. Mais, seulement à la fin du récit, la narration nous permet de comprendre qui est le partenaire de l’alliance : Moïse et le peuple[2].

27 Et dit, Yhwh, à Moïse : « Ecris, quant à toi, ces paroles.
Car, conformément à ces paroles, j’établis – avec toi et avec Israël – une alliance ».
28 Et est là, Moïse, avec Yhwh quarante jours et quarante nuits.
Il ne mange pas de pain, il ne boit pas d’eau.
Et il écrit sur les tablettes les paroles de l’alliance, les dix paroles (Exode 34,27-28).

 

Ces versets évoquent, pour deux fois, l’alliance. C’est peut-être Moïse – ou plus probablement Dieu lui-même – celui qui, au verset 28, écrit les paroles de l’alliance[3]. En tout cas l’alliance a sa source en Dieu. C’est Dieu lui-même qui dit : « J’établis – avec toi et avec Israël – une alliance ». Et le présent « j’établis » évoque le rétablissement

de l’alliance que le peuple avait rompu en se donnant, comme dieu, le jeune taureau. Et cette alliance est une alliance de pardon : elle permet de dépasser la tragique expérience du péché, mais elle révèle, en particulier, l’identité de Yhwh. En effet, cette alliance n’est pas l’imposition d’une loi ; elle est le don d’une parole qui permet à Yhwh d’habiter au milieu du peuple, et elle permet au peuple de connaître et de prendre soin de la communion avec lui. C’est cette parole, et non le jeune taureau, qui donne la vraie visibilité à Yhwh[4].

Enfin, les quarante jours et les quarante nuits deviennent, pour Israël et pour nous aujourd’hui, le temps de l’accueil de la parole.

Une dernière remarque : le verset 28 parle de Moïse qui, pendant 40 jours et quarante nuits, « ne mange pas de pain il ne boit pas d’eau ». Ce jeune total, impossible à nous les humains, souligne le caractère exceptionnel de l’expérience de Moïse. Moïse, et nous comme lui, pendant ces quarante jours et ces quarante nuits, entre vraiment dans l’atmosphère du divin[5]. C’est dans cette atmosphère que Dieu nous communique sa parole.

Cette relation intime de Moïse avec Dieu, on la retrouve aussi dans le Coran. Je pense en particulier à la sourate 2 où on lit :

51 Rappelez-vous quand nous avons donné rendez-vous à Moïse pendant quarante nuits.
Puis, en son absence, vous avez pris le veau (pour un dieu),
et vous êtes devenus coupables.
52 Mais, malgré cela, nous vous avons accordé notre pardon.
Peut-être serez-vous reconnaissants.
53 Rappelez-vous quand nous avons donné à Moïse le Livre et le discernement du bien et du mal.
Peut-être déciderez-vous de suivre la bonne direction (Sourate 2,51-53).

 Quant à la rencontre de Dieu avec Moïse, elle est présentée comme un « rendez-vous » et comme une relation qu’on ne peut pas décrire : c’est un « rendez-vous », qui a lieu « pendant quarante nuit »[6]. En contraste avec cette relation intime entre Dieu

et Moïse, le peuple refuse Dieu et prend comme dieu un veau. Mais la bonté de Dieu est plus grande. Et c’est ainsi que Dieu accorde au peuple le pardon. Ensuite, le Coran revient sur la rencontre de Dieu avec Moïse : c’est à l’intérieur de cette relation que Dieu donne à Moïse le Livre et le discernement[7]. Et ce don, dit le Coran, a été donné à Moïse pour vous permettre de « suivre la bonne direction ».

C’est le moment de terminer. La relation que Moïse a vécu avec Dieu a une dimension intime que la Bible et le Coran ne décrivent pas. Mais elle devient, pour nous – pour toi comme pour moi – un point de référence. En effet, c’est de cette relation que jaillit l’alliance : l’alliance de Dieu avec Moïse et avec Israël, nous dit la Bible, et aussi avec nous. Avec des mots différents, le Coran nous dit que à cette relation, à ce rendez-vous de Dieu avec Moïse est lié le don du Livre et du discernement ; et ces dons sont « pour que vous suiviez la bonne direction ». Voilà le chemin qui, à travers les quarante jours de carême, s’ouvre pour toi, mon ami/e, et pour moi. Et le fait de s’engager ensemble sur le chemin vers ce rendez-vous nous encourage. De tout cœur.
 

Renzo


[1] Cf. E. Zenger, La Torah / Il Pentateuco nel suo insieme, dans E. Zenger (ed.), Introduzione all’Antico Testamento, Queriniana, Brescia, 2008, p. 101.

[2] Cf. M. Priotto, Esodo. Nuova versione, introduzione e commento, Paoline, Milano, 2014, p. 644.

[3] Cf. Ch. Dohmen, Exodus 19-40, Herder, Freiburg – Basel – Wien, 2004, p. 373. Cf. aussi B. S. Childs, Il libro dell’Esodo. Commentario critico-teologico, Edizioni PIEMME, Casale Monferrato, 1995, p. 606 et 616s.

[4] Ainsi M. Priotto, Esodo. Nuova versione, introduzione e commento, Paoline, Milano, 2014, p. 652.

[5] Ainsi ibidem.

[6] La même expression « quarante nuits » on la retrouve, toujours à propos de Moïse, dans la sourate 7,142. Dans ces deux passages, le Coran mentionne seulement les nuits et non les jours.

[7] Pour ce mot dans le Coran et ses différentes significations, cf. Le Coran. Texte arabe et traduction française, par ordre chronologique selon l’Azhaar, avec renvoi aux variantes, aux abrogations et aux écrits juifs et chrétiens, par S. A. Aldeeb Abu-Sahlieh, L’Aire, Vevey, 2009, p. 111 et la voix « Al-Furqane / délivrance » à la page 564.

 

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