Ramadan 2017: quatrième semaine

« La Douceur et la compassion » devant les ennemis

Ramadan 2017: quatrième semaine

di Renzo Petraglio Pendant cette quatrième semaine de ramadan, je veux m’occuper de la sourate 57. En particulier, je pense aux versets 25-27 desquels voici une traduction :

25 Nous avons envoyé nos messagers avec des preuves claires,
et nous avons fait descendre avec eux le Livre et la balance,
afin de faire régner la justice parmi les hommes.
Nous avons également fait descendre le fer,
dans lequel il y a une force dangereuse et aussi des avantages pour les hommes,
afin que Dieu reconnaisse ceux qui, en secret, soutiennent sa cause et celle de ses prophètes.
En vérité, Dieu est fort et puissant.
26 Nous avons envoyé Noé et Abraham
et nous avons confié à leur descendance la prophétie et l’Ecriture.
Certains d’entre eux suivent le droit chemin, mais beaucoup d’autres perdent leur chemin.
27a Nous avons ensuite envoyé sur leurs traces nos autres prophètes
et nous avons fait suivre leurs traces à Jésus, fils de Marie, à qui nous avons donné l’Evangile.
Et nous avons fait naître dans le cœur de ceux qui l’ont suivi
la douceur et la compassion (Sourate 57,25-27a)[1].

Comme dans la sourate 42,17 que nous avons lue il y a deux semaines, la page de cette semaine évoque « le Livre et la balance »[2]. En plus, le verset 25 de notre sourate mentionne le fer. Et cette mention explique pourquoi cette sourate a été titrée « al-Hadid », en français « Le fer ». A propos du fer, le même verset souligne la « force dangereuse » et les « avantages » pour les hommes. Et ces deux aspects sont très visibles si on considère l’utilisation du fer dans les constructions comme dans les destructions humaines[3] dans l’histoire de l’humanité jusqu’à nos jours.

Dans les deux versets suivants, le Coran évoque Noé et Abraham et leurs descendants, des descendants auxquels Dieu a envoyé les prophètes et a révélé l’Ecriture. Mais par rapport aux prophètes et à l’Ecriture, les réactions sont différentes: il y a celles et ceux qui les accueillent, mais il y a aussi celles et ceux qui les refusent, qui «perdent leur chemin» et qui se détruisent eux-mêmes[4].
Le verset 27 revient sur les prophètes et, dans leur ligne, on évoque Jésus. Le texte du Coran souligne le caractère distinctif de la mission de Jésus[5]. Ensuite, le Coran parle du message que Jésus a transmis, l’Evangile[6] («Indjîl» en arabe) et précise quelle est la réaction des personnes qui ont suivi Jésus et son message. A propos de ces personnes, Dieu déclare: «Nous avons fait naître dans le cœur de ceux qui l’ont suivi la douceur et la compassion». Et ici, les mots «douceur et compassion» sont une caractérisation admirable de celles et ceux qui suivent Jésus[7].
Cette douceur et compassion sont certainement un don de Dieu. Et nous, comme les premiers chrétiens, nous pouvons les apprendre à travers l’Evangile et les enseignements de Jésus. Ici, je me limite à un seul texte, dans le récit de la passion composé par Luc. Nous sommes au Gethsémani, au moment de l’arrestation de Jésus. Judas arrive et s’approche de Jésus pour lui donner un baiser :

49 Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent: « Seigneur, frapperons-nous avec une épée ? ». 50 Et l’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui enleva l’oreille, la droite. 51 En réagissant, Jésus dit : « Laissez faire, même ceci », et, lui touchant l’oreille, il le guérit (Luc 22,49-51).

D’après Luc 22,38, certains disciples portent des armes. Et, au moment de l’arrestation de Jésus, ils disent: «Seigneur, frapperons-nous avec une épée?». A travers ces mots, les disciples n’entendent pas demander à Jésus la permission d’utiliser la violence. A travers cette demande, ils veulent plutôt s’encourager à agir[8], et l’un d’eux, sans attendre une réponse, passe à l’action[9]. Luc ne dit pas qui est celui qui, sortant l’épée, coupe l’oreille. Mais, grâce à l’Evangile selon Jean (18,10), nous savons qu’il s’agit de Simon Pierre. Au-delà de ces détails, essentielle est la réaction de Jésus: Jésus va contredire son disciple impulsif et enseigner les autres par la parole et par le geste[10]. D’abord, il demande aux disciples de

cesser avec des réactions violentes. En plus, Jésus soigne l’ennemi blessé. Et, dans l’Evangile, cet acte de Jésus montre son refus à toute réaction par les armes. Il nous montre Jésus comme celui qui fait du bien, du bien aussi à l’ennemi qui, dans le récit de Luc, ne répondra même pas avec un petit merci[11]. C’est le moment de terminer. J’espère que cette page puisse nous encourager et nous ouvrir à la force que seulement Dieu peut nous donner: en effet, c’est lui seul qui fait naître – dans le cœur de celles et ceux qui suivent Jésus – «la douceur et la compassion». Et nous irons ensemble sur ce chemin, toi, mon ami, toi ma chère. Bon courage

Renzo


[1] Dans cette traduction, j’ai omis la partie finale du verset 27 qui, malheureusement n’est pas trop claire. Cf. J. Baldick, Asceticism, dans Encyclopaedia of the Qurʾān: EQ, Volume One: A-D, Brill, Leiden – Boston – Köln 2001, p. 183.
[2] Pour d’autres textes dans lequel le Coran évoque la «Balance», on peut lire M. Chebel, Dictionnaire encyclopédique du Coran, Fayard, Paris 2009, p. 59s.
[3] Ainsi Si Hamza Boubakeur, Le Coran. Traduction française et commentaire, Maisonneuve & Larose, Paris 1995, p. 1725. Tu trouveras ce livre dans la bibliothèque du Centre.
[4] Cf. M. Gloton, Jésus fils de Marie dans le Coran et selon l’enseignement d’Ibn ‘Arabî, Albouraq, Beyrouth 2006, p. 348.
[5] Ainsi, à nouveau, Boubakeur (o. cit., p. 1725) à propos du verset 27.
[6] Sur le mot « Evangile » dans le Coran et dans la tradition islamique, tu peux consulter, au Centre (cote 24.0371), Encyclopédie de l’islam. Tome III, H-IRAM, Brill – Maisonneuve et Larose, Leiden – Paris, p. 1235-1238, sous la voix «INDJIL». Cf. aussi Jane Dammen McAuliffe, general ed., Encyclopaedia of the Qurʾān: EQ, Volume two. E-I, Brill, Leiden – Boston 2002, p. 342s, sous la voix «Gospel».
[7] Cf. D. C. Peterson, Mercy, dans Encyclopaedia of the Qurʾān: EQ, Volume Theree: J-0 Brill, Leiden – Boston 2003, p. 378.
[8] Cf. M. Wolter, Das Lukasevangelium, Mohr Siebeck, Tübingen 2008, p. 726s.
[9] Cf. H. Klein, Das Lukasevangelium, übersetzt und erklärt, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen 2006, p. 686.
[10] Ainsi F. Bovon, L’Evangile selon saint Luc. 19,28-24,53, Labor et fides, Genève, 2009, p. 264.
[11] Cf. H. Klein, Das Lukasevangelium, übersetzt und erklärt, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen 2006, p. 686.

 

> testo in pdf                              > Ramadan 2017