Ramadan 2017 : troisième semaine

Au lieu d’une réponse violente…
le don

Ramadan 2017: troisième semaine

di Renzo Petraglio

Nous sommes, ma chère, mon cher ami, à la troisième semaine de ramadan. Et cette semaine, je veux lire avec toi une petite section de la sourate 5. Cette sourate s’appelle « al-Mâ’ida », c’est-à-dire « la Table bien garnie ». Ce titre évoque les versets 112-115, là où Jésus, en répondant à une requête des apôtres, demande à Dieu de faire descendre du ciel « une table qui soit une fête pour nous, pour le premier de nous et pour le dernier de nous, et un signe de ta part » (v. 114)[1]. Et, dans cette table, certains commentateurs voient une référence à l’eucharistie[2].
De cette sourate, dans laquelle nombreuses sont les références à Jésus, aux chrétiens et aux juifs, voici une page :

44 Certes, nous avons révélé le Pentateuque, dans lequel il y a une Direction et une Lumière.
Sur la base de ce Livre, les prophètes qui s’étaient soumis à la volonté de Dieu
et les maîtres et les docteurs en tant que gardiens et témoins de cette Écriture de Dieu
devaient rendre justice pour ceux qui sont juifs.
Ne craignez pas les gens, respectez-moi profondément et ne vendez pas mes versets à vil prix.
Et quiconque ne juge pas selon ce que Dieu a révélé, ceux-là sont, eux, des incrédules.
45 Dans ce Livre, nous leur avons prescrit
vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez,
oreille pour oreille, dent pour dent, et, pour les blessures, la loi du talion.
Mais quiconque fera preuve de charité en renonçant à la mesure du talion,
sa renonciation lui sera comptée comme une expiation de ses péchés.
Et quiconque ne juge pas selon ce que Dieu a révélé, ceux-là sont, eux, des injustes.
46 Sur les traces des prophètes, nous avons envoyé Jésus, fils de Marie,
qui a confirmé le Pentateuque révélé avant lui,

et nous lui avons donné l’Evangile dans lequel il y a une Direction et une Lumière,
confirmant ce qui était, avant lui, du Pentateuque, comme guidance et exhortation pour les pieux.
47 Et que les gens de l’Evangile jugent selon ce que Dieu a révélé en lui (Sourate 5, versets 44-47a).

Pour trois fois, ces versets mentionnent « le Pentateuque » (« Tawrat » en arabe)[3]. Et, dès la première phrase, le Pentateuque est présenté comme « une Direction et une Lumière »[4]. En effet, le Pentateuque guide et illumine sur le droit chemin. Et, dans notre texte, le Pentateuque impose une limitation à la violence. Le comportement de certaines personnes dans l’histoire de l’humanité et aussi aujourd’hui, peut se résumer dans les mots de Lamek : « J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois » (Gen 4,23s). Par rapport à ce comportement et à ce vœu de Lamek, la norme de « vie pour vie, œil pour œil » citée dans la sourate est déjà une limitation importante. Elle correspond à ce qu’on lit dans le Pentateuque, en Exode 21,23-25, Lévitique 24,17-20 et Deutéronome 19,21.
Mais, par rapport à ces textes, le Coran évoque une possibilité nouvelle : on peut renoncer à la « loi du talion ». Au lieu de réagir à la violence avec une action violente mais mesurée « vie pour vie, œil pour œil… », on peut renoncer à cette pratique, on peut réagir en faisant « preuve de charité, en renonçant à la mesure du talion »[5].
En proposant cette possibilité de renoncer à la loi du talion, le Coran va dans la ligne de l’Evangile,« dans lequel il y a une Direction et une Lumière » (v. 46). En effet, dans l’Evangile, Jésus nous dit :

38 Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent.
39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant.
Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre.
40 Et à qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse-lui aussi ton manteau.
41 Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.
42 A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos (Matthieu 5,38-42).

Si la loi du talion voulait mettre une limite précise à toutes les réactions violentes, Jésus ne se contente pas de limiter la violence. Il veut la dépasser totalement, et ça à travers la générosité et le don. C’est ainsi que l’autre, celui qui maintenant nous fait du mal, pourra peut-être, surpris par notre comportement, changer d’attitude : au lieu de rester enfermé dans le système de l’échange, il pourra découvrir la perfection du don et de la miséricorde[6]. Voilà le chemin, la direction dans laquelle nous voulons aller, ensemble ! De tout cœur

Renzo


[1] Pour un commentaire des versets 111-114 de cette sourate, on peut lire M. Gloton, Jésus fils de Marie dans le Coran et selon l’enseignement d’Ibn ‘Arabî, Albouraq, Beyrouth, 2006, pp. 234-240.

[2] Cf. C. M. Guzzetti, Il Corano. Introduzione, traduzione e commento, Elledici, Leumann (Torino), 2008, p. 65.

[3] Pour ce mot arabe qui revient fréquemment dans le Coran, cf. Encyclopédie de l’islam. Tome X, T-V, Brill – Maisonneuve et Larose, Leiden – Paris, p. 421-423, sous la voix « TAWRAT ».

[4] Pour l’utilisation de ces mots dans le Coran, tu peux consulter, dans la Bibliothèque du Centre, D. Masson, Le Coran. Introduction, traduction et notes, Gallimard, Paris, 1967, la page 1046 (pour « Direction ») et la page 1052 (pour « Lumière »).

[5] Ainsi, avec un langage un peu néotestamentaire, Si Hamza Boubakeur (Le Coran. Traduction française et commentaire, Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 394) traduit l’expression coranique « faire aumône de cela ». Pour cette expression arabe, on peut lire M. Cuypers, Le Festin. Une lecture de la sourate al Mâ’ida, Lethielleux, Paris, 2007, p. 186.

[6] Cf. M. Stiewe et F. Vouga, Le sermon de la montagne. Un abrégé de l’Evangile dans le miroitement de ses interprétations, Labor et Fides, Genève, 2002, p. 96-98.