Ramadan 2018 : première semaine

Le récit de Joseph : Comment accueillir ses frères après un conflit

Ramadan 2018: première semaine

di Renzo Petraglio

Pendant ce mois de Ramadan, je veux me pencher sur le Coran, en particulier sur des pages qui peuvent nous aider à nous accepter les uns les autres. Et, pendant cette première semaine, j’ai devant mes yeux Joseph.

Joseph («Yûsuf» en arabe) est une personne importante dans le Coran, surtout dans la sourate 12 qui a été titrée, précisément, «Yûsuf». Ici, Joseph est un homme de bien, un homme juste qui souffre de la jalousie, de l’ingratitude et du mensonge de ses semblables, à commencer par ses frères. Et pourtant… il pardonne à ceux-là mêmes par qui et pour qui il a souffert[1]. Oui, Joseph pardonne et demande, pour ses frères, aussi le pardon de Dieu.

A ses frères, qui ne l’ont pas reconnu lorsqu’ils sont descendus en Egypte, Joseph a ordonné de revenir en Egypte avec Benjamin, le frère cadet de Joseph. Ses frères ont obéi : ils sont rentrés chez leur père chercher Benjamin, ils sont retournés en Egypte et ils arrivent chez Joseph. Et à ses frères… Joseph se fait connaître.

89 Joseph dit (à ses frères) :
« Vous souvenez-vous de ce que vous avez fait de Joseph et de son frère
quand vous étiez plongés dans l’ignorance?»
90 Ses frères disent à Joseph: «Serais-tu Joseph?»,
Il dit : « Oui, je suis Joseph et voici mon frère (Benjamin). Dieu nous a accordé sa faveur.
Quiconque respecte Dieu et endure…,
Dieu ne laisse pas perdre la récompense des hommes de bien ».
91 Ils dirent : « Par Dieu ! Dieu t’a préféré à nous, et nous, nous avons été coupables ».
92 Il dit : « Aujourd’hui, pas de récrimination contre vous. Que Dieu vous pardonne !
Il est le plus miséricordieux des miséricordieux (Sourate 12,89-92).

En accueillant ses frères, Joseph ne fait pas de récrimination. Ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait –

dit-il – lorsqu’ils étaient « plongés dans l’ignorance ». Mais maintenant, ils savent, ils se reconnaissent « coupables ». Et Joseph, qui a vécu dans la souffrance et dans l’endurance ce que ses frères lui ont imposé, veut les pardonner et il leur annonce la miséricorde de Dieu : « Il est le plus miséricordieux des miséricordieux ».

Cette sourate du Coran nous rappelle le récit de Joseph qu’on lit dans la Bible. Ici, la rencontre commence avec la commotion de Joseph au moment de se dévoiler à ses frères:

2 Il pleura et les Egyptiens l’entendirent; même la maison du Pharaon l’entendit.
3 Et dit, Joseph, à ses frères : «Moi, je suis Joseph. Mon père est-il encore en vie ? »
Mais ses frères ne purent lui répondre, tant ils tremblaient devant lui.
4 Et dit, Joseph, à ses frères : «Venez, de grâce, vers moi». Et ils viennent.
Et il dit: « Moi, je suis Joseph votre frère, moi que vous avez vendu en Egypte.
5 Et maintenant, ne soyez pas affligés et ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu ici,
car c’est Dieu qui m’y a envoyé avant vous pour (vous) conserver la vie» (Genèse 45,2-5).

La page souligne les émotions, la sensibilité et la délicatesse de Joseph. D’abord les pleurs, les sanglots : des signes de la profonde émotion qu’il vit au moment de communiquer son identité. La sensibilité et la délicatesse de Joseph le poussent à dire à ses frères : « Venez, de grâce, vers moi ». Et ici l’impératif n’est pas un ordre, c’est une invitation délicate. Et la délicatesse de Joseph s’exprime aussi dans la dernière phrase avec la double exhortation : « ne soyez pas affligés et ne soyez pas tourmentés ».
A côté de ces aspects humains, Joseph exprime aussi une prise de conscience religieuse. Dans ce qui s’est passé, dans le comportement méchant de ses frères et dans les souffrances qu’il a dû vivre, Joseph découvre le plan de Dieu : il sait découvrir que Dieu a pris soin des humains : des Egyptiens (pendant les années de disette) et aussi de ses frères qui, contraints par la famine, sont venus chercher de la nourriture en Egypte.
C’est le moment de conclure. Laissons-nous fasciner par la réaction non-violente de Joseph envers ses frères. Elle nous permet de découvrir, à travers la souffrance, le pardon et la miséricorde de Dieu et aussi le plan de Dieu qui veut non la mort mais la vie, la nôtre et celle des autres, tous et toutes ensemble.
Une accolade
Renzo

[1] Ainsi s’exprime Si Hamza Boubakeur dans l’introduction à la sourate XII, dans son commentaire du Coran. A la Bibliothèque du Centre, ce volume porte la cote 6.313.