Ramadan 2018 : troisième semaine

« Par sa grâce, vous êtes devenus frères » (Sourate 3,103)

Ramadan 2018 : troisième semaine

di Renzo Petraglio

Nous sommes déjà, ma chère, mon cher ami, à la troisième semaine du ramadan. Et, pendant cette semaine, je veux réfléchir sur la sourate 3. Il s’agit d’une sourate qui remonte à l’année 631, lorsqu’une délégation des chrétiens du Yémen, avec des théologiens et un évêque, est arrivée à Médine pour rencontrer Muhammad. Et cette rencontre s’est vérifiée dans un vrai climat d’accueil. Au cours de leur séjour, les chrétiens purent célébrer, chose remarquable, l’eucharistie dans la mosquée même du prophète de l’islam[1]. L’accent sur l’accueil qui doit régner entre les différents groupes retentit aussi dans cette section de la sourate.

103 Maintenez-vous tous fermement liés à Dieu, et ne vous divisez pas !
Rappelez-vous la grâce de Dieu envers vous.
Lorsque vous étiez ennemis, il a uni vos cœurs (par l’affection).
Puis, par sa grâce, vous êtes devenus frères.
Vous étiez sur le bord d’une fosse de feu, et il vous en a sauvés.
C’est ainsi que Dieu vous manifeste ses signes ; peut-être vous trouverez le bon chemin.
104 Que vous puissiez former une communauté qui appelle au bien,
qui recommande les bonnes actions et qui refuse ce qui est répréhensible !
Ceux-là sont ceux qui réussiront ! (Sourate 3,103-104).

Ici le Coran fait référence à deux groupes de familles qui, après des luttes durées plus d’un siècle, s’ouvrant à l’islam se sont réconciliés[2]. Et, au moment où cet ancien conflit risque de se rallumer, Muhammad intervient en exhortant les deux groupes. Cette invitation retentit aussi dans le Coran : « Maintenez-vous tous fermement liés à Dieu, et ne vous divisez pas ». Et le texte insiste sur le rôle de Dieu et de sa grâce : « il a uni vos cœurs », « par sa grâce, vous êtes devenus frères ». Et celles et ceux qui ont fait l’expérience de Dieu qui nous unit et nous rend « frères » peuvent « former une communauté qui appelle au bien ».

Ce message sur Dieu qui fait tomber les séparations et qui nous unit me rappelle une page du Nouveau Testament, plus précisément de la lettre aux Ephésiens.

15b Jésus a voulu, à partir des Juifs et des non-Juifs, créer en lui un seul homme nouveau ;
c’est ainsi qu’il a établi la paix.
16 Il a réconcilié avec Dieu les deux (les Juifs et les non-Juifs) en un seul corps,
en mourant sur la croix. Par la croix, il a détruit la haine.
17 Il est venu annoncer – comme une bonne nouvelle –
la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches (Ephésiens 2,15b-17).

La lettre parle des Juifs et des non-Juifs, et ces deux groupes représentent l’humanité entière[3]. De ces deux groupes fréquemment en conflit, Jésus a voulu faire « un seul homme nouveau », une seule unité, une seule communauté. « Il a réconcilié avec Dieu les deux (les Juifs et les non-Juifs) en un seul corps ». Et l’auteur ajoute encore deux données. D’abord, il définit le message de Jésus, l’évangile, la bonne nouvelle, comme « la paix ». Le verset 17 le dit très clairement : « il est venu annoncer – comme une bonne nouvelle – la paix »[4]. Mais Jésus ne s’est pas limité à annoncer, comme bonne nouvelle, la paix. A cause de ce message, il a été condamné à mort, à mourir sur la croix. Et « Par la croix, il a détruit la haine ». Par conséquent, en accueillant son message, la haine que chacun porte – consciemment ou non – dans son cœur perd tout son fondement et sa consistance. Jésus, nous dit littéralement le texte grec, « a tué la haine ».

Pour conclure. Dans le Coran, le projet de Dieu est de « former une communauté (« jamâ ‘a » en arabe) qui appelle au bien » (v. 104). Dans la lettre aux Ephésiens, le projet est de créer, à partir des Juifs et des non-Juifs, « un seul homme nouveau » (« héna kainon anthrôpon »). Que ces textes puissent nous pousser à faire tomber tous les préjugés et à nous réconcilier en reconnaissant, dans la réconciliation et dans la paix, le projet que Dieu a pour nous et pour l’humanité entière.

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[1] Pour ces informations, tu peux consulter Le Coran. Traduction française et commentaire, par Si Hamza Boubakeur, Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 201.

[2] Cf. Il Corano. Introduzione di K. Fouad Allam, traduzione e apparati critici di G. Mandel,

UTET, Torino, 2006, p. 770. D’autres détails dans Abû Ja ‘far Muhammad Ibn Jarîr at-Tabari,Commentaire du Coran. Abrégé, traduit et annoté par P. Godé, Editions d’art les heures claires, Paris, 1986, tome III, p. 150s.

[3] Cf. H. Schlier, Lettera agli Efesini, Paideia, Brescia, 1965, p. 161.

[4] Dans le v. 17, et en général dans les versets 14-18, la lettre aux Ephésiens fait référence à Isaïe 57,19 : « Paix, paix pour celui qui est loin et pour celui qui est proche, dit le Seigneur ». Cf. A. Dettwiler, Épître aux Éphésiens, dans Le Nouveau Testament commenté, sous la direction de C. Focant et D. Marguerat, Bayard – Labor et fides, Paris – Genève, 2012, p. 855.

 

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