Carême 2019 : 2ème semaine

« Père, que ton nom soit sanctifié » (Luc 11,2)

Carême 2019 :2ème semaine

Pendant cette deuxième semaine de Carême, je reviens sur la première partie du Notre Père, telle que nous la lisons dans l’Evangile de Luc. Aux disciples qui demandent à Jésus de leur apprendre à prier, il dit :

2 Quand vous priez, dites :
Père,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne ! (Luc 11, 2).

La semaine passée, nous nous sommes arrêté(e)s sur l’invocation « Père », « Pter » en grec, en araméen « Abba » qui signifie « Papa ». Et cette semaine je prend mon temps pour réfléchir sur la phrase « que ton nom soit sanctifié ». Dans le grec biblique, comme en hébreu, le mot « nom » n’est pas une ‘étiquette’ appliquée à une personne. Le nom indique la personne elle-même dans son identité. Par exemple, lorsque Jésus donna un nouveau nom à Simon « qu’il nomma Pierre » (Lc 6,14), à travers ce nouveau nom il lui donna, pour ainsi dire, une nouvelle identité.
Et pour ce qui en est du « nom » de Dieu ? Comment un humain peut-il parler de son identité ? L’identité de Dieu nous dépasse, totalement. Et de Dieu nous connaissons seulement ce que Dieu nous a révélé, en particulier à travers Jésus. L’Evangile de Jean nous dit d’une façon très claire : « Dieu, personne ne l’a jamais vu. (Le) Dieu Fils unique, celui qui est dans l’intimité du Père, c’est lui qui en a parlé » (Jean 1,18 ; cf. aussi Jean 17,26).
Et « sanctifier son nom », comment est-il possible ? Et qui peut accomplir cette tâche ? La grammaire biblique nous aide. Ici, nous avons la forme passive du verbe : « soit
sanctifié », « hagiasthêtô » en grec. Et il faut savoir que, fréquemment, dans la Bible on utilise les verbes passifs pour éviter de mentionner directement Dieu. Au lieu de dire « Dieu, sanctifie ton nom », on utilise le passif : « que ton nom soit sanctifié (par toi) ».
L’idée de Dieu qui sanctifie son nom est connue dans la Bible. Je pense, en particulier, au

chapitre 36 du livre d’Ézéchiel. Aux Israélites Dieu rappelle leur comportement. Ils se sont mal comportés et ils ont souillé la terre que Dieu leur avait donnée. Et maintenant ils sont en exil à Babylone où ils ont profané le nom de Dieu. Et Dieu ? Comment va-t-il réagir ?

La réaction de Dieu est totalement inimaginable. A travers son prophète, il déclare :

23 Je sanctifierai mon nom, le grand,
qui a été profané parmi les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d’elles ;
alors les nations connaîtront que moi, je suis Yahvéh – déclaration de Yahvéh (le) Seigneur –
quand je me montrerai saint, en vous, sous leurs yeux.
24 Et je vous prendrai parmi les nations,
je vous rassemblerai de tous les pays et je vous ferai venir sur votre sol.
27 Je mettrai en vous mon propre Esprit, je vous ferai marcher selon mes prescriptions,
je vous ferai prendre soin de mes coutumes pour les mettre en pratique.
28 Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères
et vous serez mon peuple et moi, je serai votre Dieu (Ézéchiel 36,23-24. 27-28).

Ici, c’est Dieu qui sanctifie son nom. Et cette action aura ses conséquences dans le peuple. Le peuple qui a profané le nom du Seigneur en refusant d’accomplir sa parole, changera et, grâce au don de l’Esprit, deviendra vraiment le peuple du Seigneur. Une dynamique semblable est celle du Notre Père. C’est Dieu qui sanctifie son nom. Et il le fait non en condamnant, mais en sauvant son peuple, en l’aidant – comme nous dit le parallèle de Matthieu 6,10 – à faire sa volonté.
La prière « que ton nom soit sanctifié » et la page d’Ézéchiel me rappellent des versets du Coran, plus précisément les derniers versets de la sourate 59.

22 C’est lui, Dieu, en dehors de qui il n’y a point de divinité,
il est le connaisseur du monde visible et du monde invisible,
il est le tout miséricordieux, le très miséricordieux.
23 C’est lui, Dieu, en dehors de qui il n’y a point de divinité,
(il est) le roi, le très-saint, la paix, le rassurant,
le vigilant, le puissant, celui qui ne cesse de rétablir l’ordre, celui qui est magnanime.
Gloire à Dieu ! Il est bien au-dessus de tout ce qu’on peut lui associer
24 C’est lui, Dieu, le créateur, le concepteur, le formateur.

À Lui les attributs les plus beaux. Ce qui est dans les cieux et sur la terre célèbre sa gloire.
Il est le puissant, le sage (Sourate 59,22-24).

Ces versets nous donnent le fondement, au niveau du Coran, de la notion du ‘nom divin’, qui a un rôle très important dans la religiosité des musulmans. En plus, au niveau théologique, au verset 23 nous avons huit attributs de Dieu, huit parmi « les noms les plus beaux de Dieu » (Sourate 17,110). Et ces noms sont le seul moyen que nous avons pour penser l’essence de Dieu, une réalité qui dépasse toutes nos capacités intellectuelles. Parmi ces noms, certains ont des parallèles dans la Bible. Parmi les plus connus, il y a la présentation de Dieu comme roi, comme le très-saint, le Dieu de la paix. Ces attributs de Dieu sont présentés avec des termes arabes qui ont une correspondance très étroite en hébreu.
Parmi ces attributs, une remarque spéciale sur Dieu comme « celui qui ne cesse de rétablir l’ordre ». Même cette expression a un parallèle en hébreu, où elle est utilisée – parfois chez les prophètes et plus fréquemment dans les psaumes – pour parler de Dieu qui, dans sa sainteté et dans sa force, intervient pour que l’humanité puisse être vraiment le reflet de sa sainteté.
En disant à Dieu « que ton nom soit sanctifié », laissons-nous prendre par sa force, pour donner notre contribution personnelle en vue d’un monde qui soit sous le signe de la sainteté de Dieu le Père.

 

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