Carême 2020:troisième semaine

Nourriture : don et surprise

Carême 2020 (troisième semaine)

Pour cette troisième semaine de carême, je veux lire avec toi, ma chère, et avec toi, mon ami, une page du livre titré « Deutéronome », c’est-à-dire « deuxième loi ». Ce titre grec est dû au fait que dans ce livre on a une deuxième forme du « décalogue », des « dix commandements » que Dieu, à travers Moïse, donne à Israël.
Dans ce livre, l’auteur nous présente le second discours de Moïse[1], un discours dans lequel Moïse rappelle au peuple l’expérience qu’Israël a vécue, après la sortie de l’Égypte, au désert. Cette expérience peut être définie comme une forme d’éducation que Dieu a donnée au peuple.
Voici la traduction d’une partie de ce long discours de Moïse à Israël.
2 Tu te souviendras de tout le chemin que Yhwh, ton Dieu, t’a fait parcourir pendant ces quarante années dans le désert, afin de t’éduquer et de te mettre à l’épreuve, pour savoir ce qu’il y avait dans ton cœur. Est-ce que tu prendras soin, oui ou non, de ses commandements ? 3 Il t’a éduqué, il t’a fait souffrir de la faim et il t’a nourri de la manne que tu ne connaissais pas et que tes pères n’avaient pas connue, afin de te faire connaître que l’humain ne vivra pas de pain seulement, mais que l’humain vivra de tout ce qui sort de la bouche de Yhwh. 4 Ton vêtement ne s’est pas usé sur toi et tes pieds n’ont pas enflé pendant ces quarante années. 5 Et tu connaîtras – avec ton cœur – que Yhwh, ton Dieu, t’instruit comme un homme instruit son fils. 6 Tu prendras soin des commandements de Yhwh ton Dieu, pour aller dans ses chemins et le respecter profondément (Deutéronome 8,2-6).

Cette page s’ouvre avec le verbe « zakar » qui signifie « se souvenir » et, en même temps, « agir ». Moïse demande donc au peuple de se souvenir du chemin que Dieu lui a fait parcourir et, en même temps, d’en tirer les conséquences. Ce que le peuple a vécu au désert a été une période importante dans sa formation, dans son éducation[2]. En effet, elle fut une période dans laquelle le peuple a pu comprendre au mieux quelle a été et quelle est sa relation avec Dieu. En effet, au désert le peuple a vécu la pauvreté, il a souffert intensément la faim, mais il a aussi été nourri à travers la manne. Et ce mot, « hamman » en hébreu, est très riche de sens ; en effet il signifie « qu’est-ce que ? ». C’est une question qui

naît d’une surprise devant un don inattendu, devant une nourriture inconnue, devant une expérience qu’on ne pouvait pas prévoir. Et, au peuple, Moïse rappelle cette nourriture comme il lui rappelle l’expérience de la marche très longue, la marche – dans le désert – pendant laquelle « tes pieds n’ont pas enflé pendant ces quarante années » (v. 4).
Après avoir mentionné la faim vécue dans le désert et le don d’une nourriture exceptionnelle comme la manne, Moïse s’explique : à travers cette expérience de la faim et d’une nourriture inimaginable et surprenante, le peuple doit comprendre que « l’humain ne vivra pas de pain seulement, mais que l’humain vivra de tout ce qui sort de la bouche de Yhwh » (v. 3). En effet, la faim et la nourriture, la souffrance et la joie, sont deux formes à travers lesquelles le peuple peut découvrir Dieu comme un père et une maman qui éduque un enfant, le conduit à grandir d’une façon responsable et l’accompagne jusqu’à atteindre une vie en plénitude. Moïse le dit clairement : « Et tu connaîtras – avec ton cœur – que Yhwh, ton Dieu, t’instruit comme un homme instruit son fils » (v. 5).

Quant à la manne, le Coran aussi en parle[3] en 2,59 ; 7,160 et 20,80s. Voici ce dernier texte :
80 Ô fils d’Israël ! Nous vous avons sauvés de votre ennemi, et nous vous avons donné rendez-vous sur le côté droit du Mont (Sinaï). Nous avons fait descendre sur vous la manne et les cailles. 81 Mangez des bonnes (choses) que nous vous avons attribuées, et n’y transgressez pas, sinon ma colère s’abattra sur vous (Sourate 20,80-81).

Ce verset du Coran évoque des faits qui ont des parallèles dans la Bible[4]. Ici, je ne veux pas entrer dans les détails de ces événements mentionnés dans la Bible et dans le Coran. Je me limite à souligner les nombreux bienfaits que Dieu a accordés aux fils d’Israël. D’abord, il les a sauvés de leur ennemi, le pharaon égyptien qui voulait leur mort. L’autre bienfait est le don de la manne et des cailles. Mais, entre ces deux bienfaits, il y en a un troisième, le rendez-vous sur la montagne, là où Dieu, à travers Moïse, se révèle au peuple[5] et lui communique sa volonté. Un peu comme dans la Bible, la manne est une nourriture, un don de Dieu qui nous soutient dans la vie, mais elle est aussi un signe qui nous rappelle la parole de Dieu et nous invite à prendre notre temps, sur la montagne, pour rencontrer Dieu et nous mettre à l’écoute de sa parole.
C’est le moment de terminer. En effet, je veux prendre mon temps pour réfléchir sur la nourriture, sur le don de la manne et sur le rendez-vous que Dieu nous prépare, sur la

montagne et aussi ailleurs.


[1] Il s’agit de Deutéronome 4,44-28,68. Cf. G. Papola, Deuteronomio. Introduzione, traduzione e commento, San Paolo, Cinisello Balsamo (MI) 2011, p. 92.

[2] Derrière le verbe « éduquer » des versets 2 et 3, il y a un verbe hébreu (« ‘ânah ») qui évoque une humiliation, une prise de conscience de sa propre faiblesse : mais derrière, il y a la vision de Dieu comme éducateur du peuple. Cf. S. Paganini, Deuteronomio. Nuova versione, introduzione e commento, Paoline, Milano 2011, p. 210.

[3] Cf. Dictionnaire du Coran, sous la direction de M. A. Amir-Moezzi, Laffont, Paris 2007, p. 522 sous la voix « Manne ».

[4] Pour ces parallèles, on peut lire les annotations que S. A. Aldeeb Abu-Sahlieh, un chrétien arabe d’origine palestinienne, met dans sa publication titrée : Le Coran. Texte arabe et traduction française, par ordre chronologique selon l’Azhaar, avec renvoi aux variantes, aux abrogations et aux écrits juifs et chrétiens, L’Aire, Vevev, 2009, p. 134.

[5] Cf. Ismaïl ibn Kathîr, L’exégèse du Coran en 4 volumes. Traduction : Harkat Abdou, Vol. 3: Sourate 18 (La Caverne) – Sourate 40 (L’Indulgent), Dar Al-Kutub Al-ilmiyah, Beyrouth 2000, p. 855s.

 

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