Ramadan 2020: troisième semaine

«Notre Seigneur, ne nous fais pas porter ce dont nous n’avons pas la force»

Ramadan 2020: troisième semaine

Pendant cette troisième semaine de Ramadan, j’ai devant mes yeux la prière qui termine la sourate 2. Cette sourate remonte au premier temps après l’hégire (année 622 après la naissance de Jésus), lorsque Muhammad et ses fidèles ont abandonné La Mecque et se sont déplacés à Yathrib, la ville qui prit alors le nom de «madinat al-nabi», c’est-à-dire la «ville du prophète». A Médine, le prophète commença à organiser – aussi du point de vue juridique et administratif – la vie de sa communauté. C’est ce qu’on peut constater dans la sourate «al-Baqara», c’est-à-dire «la Vache». Ce titre fait référence aux versets 67-71, où le Coran rappelle l’Ancien Testament, plus précisément le livre des Nombres 19,1-10. Dans cette page, Moïse reçoit l’ordre de Dieu de brûler une vache sans tache, sans défaut corporel, n’ayant point porté le joug, et dont on conservera la cendre «afin d’en faire l’eau de purification» (v. 9). A côté de ce récit, la sourate contient les éléments essentiels à propos de la vie de la communauté et de chaque croyant(e), au point que Muhammad disait: «La Sourate al-Baqara  est le point culminant du Coran»[1].

Voici le dernier verset de cette sourate:
286 Dieu ne charge une âme qu’à sa capacité. A elle (le bien) qu’elle a réalisé, et contre elle (le mal) qu’elle a réalisé.
Notre Seigneur, ne t’en prends pas à nous pour nos oublis ou pour nos erreurs. Notre Seigneur, ne nous charge pas d’un fardeau comme tu en as chargé ceux (qui ont vécu) avant nous. Notre Seigneur, ne nous fais pas porter ce dont nous n’avons pas la force. Gracie-nous, pardonne-nous et aie miséricorde envers nous. Tu es notre allié. Secours-nous contre les gens mécréants. (Sourate 2,286).

Cette prière nous encourage dans les difficultés de notre vie ; en effet «Dieu ne charge une âme qu’à sa capacité», Et la prière insiste: «Notre Seigneur, ne nous charge pas d’un fardeau… Notre Seigneur, ne nous fais pas porter ce dont nous n’avons pas la force». Ensuite

 

il y a trois impératif: «Gracie-nous, pardonne-nous et aie miséricorde envers nous». Et, avant la dernière requête «Secours-nous», il y a une déclaration faite en toute confiance: «Tu es notre allié».

La prière de la sourate 2 me rappelle un petit texte de l’Ancien Testament, plus précisément du psaume 81. Ici le poète rappelle l’histoire d’Israël lorsque le peuple était esclave en Égypte. Ensuite, à l’improviste, le poète déclare:
6c J’entends un langage que je ne connais pas:
7 «J’ai détourné le fardeau de son épaule
et ses mains ont laissé le lourd panier.
8 Dans la détresse tu as crié et je t’ai libéré,
je t’ai répondu dans le secret de l’orage» (Psaume 81,6c-8b).

Ici, pour introduire la parole de Dieu, le poète utilise une tournure qui n’a pas de parallèle dans la littérature hébraïque: «un langage que je ne connais pas». Avec ces mots, le poète introduit la parole de Dieu qui annonce son intervention – surprenante – pour le peuple. En Égypte, le peuple est obligé – par le pharaon – à accomplir des travaux très lourds, des travaux qui affligent le peuple et lui rendent amère la vie (Exode 1,11): transporter des matériaux pour des bâtiments, transporter, dans des paniers, de la boue. Cette boue, qui est le résultat des inondations[2], servira pour faire des briques qui – comme au Burundi – seront séchées au soleil. Et, en parlant de ces travaux, le psaume utilise le mot «fardeau» – le fardeau qui pèse sur les épaules des Israélites – et la tournure «lourd panier». Et grâce à l’intervention de Dieu, le fardeau sera détourné des épaules des fils d’Israël, et leurs mains pourront abandonner le lourd panier. C’est ainsi que Dieu libérera son peuple et répondra à son cri de détresse. Et cette réponse de Dieu jaillira «dans le secret de l’orage». Et cette tournure évoque Dieu qui reste caché dans son mystère ; mais de cet espace céleste qui pour nous reste inconnaissable[3], Dieu répond aux Israélites et à toute personne qui se sent chargée d’un fardeau et qui prie: «Notre Seigneur, ne nous fais pas porter ce dont nous n’avons pas la force». Encouragé(e)s par le psaume et soutenu(e)s par la prière du Coran, nous pouvons donc affronter les difficultés de la vie… avec confiance.


[1] Il Corano. Introduzione di K. Fouad Allam, Traduzione e apparati critici di G. Mandel, UTET, Torino, 2006, p. 648.

[2] E. Zenger, I Salmi. Preghiera e poesia, vol. 2. L’aurora voglio destare, Paideia, Brescia, 2013, p. 93.

[3] G. Ravasi, Il libro dei Salmi. Commento e attualizzazione. Vol. II (Salmi 51-100), EDB, Bologna, 2015, p. 704.

 

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