Carême 3-2017

Dans la famille… on découvre Dieu

Carême 2017 : troisième semaine

 

Dans la deuxième partie (19,1-24,11) du livre de l’Exode, Dieu se révèle : sur le mont Sinaï, Dieu donne le décalogue et fait alliance avec son peuple. Fréquemment, en parlant du décalogue, on utilise l’expression « les dix commandements ». Le terme « commandement » nous donne l’image d’un Dieu qui, un peu comme un officier de l’armée, donne des ordres. Mais la Bible nous présente une image différente de Dieu. Je traduis :

1 Et dit, Elohim, toutes ces paroles en expliquant :
2 « Je suis Yhwh ton Elohim.
C’est moi qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, d’une maison d’esclaves.3 Il n’y aura, pour toi, d’autres Elohim en face de moi » (Exode 20,1-3).

La traduction du premier verset ne réussit pas à exprimer en français toute l’épaisseur du texte hébreu. En effet, en hébreu, il y a un mot qui signifie, en même temps « parole et fait », « parole et action ». Dieu intervient donc pour expliquer, pour rendre clair, son action, ce qu’il a lui-même accompli pour son peuple. Par conséquent, « le dix commandements » sont les dix paroles dans lesquelles Dieu indique les dix conséquences de son intervention dans l’histoire.
De ces dix paroles, les premières trois concernent directement Dieu, l’attitude à avoir envers lui, envers sa présence, littéralement devant sa « face », son visage. Il y a aussi une indication pour nous guider en prononçant son nom et pour lui rendre culte le jour du sabbat.
Au contraire, les autres sept paroles évoquent nos relations avec les autres. Et, dans ce groupe, en première position, il y a la parole à propos de la relation enfants-parents. C’est le verset 12 :

Respecte ton père et ta mère,
afin que tes jours se prolongent sur la terre que Yhwh ton Elohim te donne (Exode 20,12).

Ce verset est strictement lié à la première partie du décalogue : en effet on y retrouve la référence à « Yhwh ton Elohim » qu’on a lue dans le verset 2. Mais, toujours dans cette parole,

on constate la relation avec les paroles qui suivent, qui considèrent, toutes, les relations avec le prochain. Et cette relation caractérise la vie toute entière : les humains ne cessent jamais d’être filles ou fils de leurs parents et les parents ne cessent jamais d’être papa ou maman des leurs enfants. Enfin un autre détail pas du tout négligeable : notre verset met sur le même plan, dans une famille, l’homme et la femme. Et, lorsque ce texte sera repris dans le Lévitique, la femme sera mentionnée… en première place, avant son mari ! En effet, on précise :

« Un homme respectera sa mère et son père, et prendra soin de mes sabbats.
Moi, je suis Yhwh votre Elohim » (Lévitique 19,3).

Bref : dans le décalogue, le respect des parents fait partie, pour ainsi dire, des relations d’un croyant envers Dieu : à travers le respect des parents, le croyant respecte Dieu, Dieu qui est intervenu pour libérer son peuple et qui veut que chaque personne soit respectée intensément.
Si la Bible lie le respect des parents et la relation avec Dieu, ce lien on le retrouve aussi dans le Coran.

23 Ton Seigneur t’ordonne de n’adorer que lui et de traiter avec bonté ton père et ta mère.
Et si l’un d’eux ou tous les deux atteignent, auprès de toi, un âge avancé, ne t’irrite pas,
ne leur manque pas de respect, mais adresse-leur des paroles affectueuses !
24 Par miséricorde, incline vers eux, l’aile de la tendresse et dis à Dieu : « Mon Seigneur,
sois miséricordieux envers eux comme ils l’ont été envers moi, quand ils m’ont élevé tout petit ! » (Sourate 17,23-24).

 Comme dans la Bible, aussi dans le Coran la relation entre Dieu et les humains joue un rôle important au niveau de la famille. L’amour des parents vers leurs enfants est une expression de la « miséricorde » de Dieu, donc de sa tendresse maternelle. Et à cette tendresse maternelle les filles et les fils font appel en soutenant et en encourageant leurs parents. C’est ainsi, pour le dire avec la Bible, que les familles peuvent découvrir la réalisation de l’annonce que Dieu nous a fait : « Moi, je suis Yahvéh votre Elohim ». Profitons de ce carême pour rencontrer, dans nos relations familiales, Dieu qui intervient dans notre vie et qui nous libère – comme il a libéré Israël – de toute forme d’esclavage.
Renzo


Cf. E. Zenger, La Torah / Il Pentateuco nel suo insieme, dans E. Zenger (ed.), Introduzione all’Antico Testamento, Queriniana, Brescia, 2008, p. 101.

Cf. L. Koehler – W. Baumgartner, Lexicon in Veteris Testamenti libros, Brill, Leiden, 1958, p. 201s, sous la voix « dâvâr ».

Cf. L. Koehler – W. Baumgartner, Lexicon in Veteris Testamenti libros, Brill, Leiden, 1958, p. 63, sous la voix « ’mar ».

Cf. M. Priotto, Esodo. Nuova versione, introduzione e commento, Paoline, Milano, 2014, p. 390.

Pour la relation entre Lév 19,3 et Exode 20,12, et pour la première place donnée à la femme dans certains passages du Lévitique, cf. K. Elliger, Leviticus, Mohr, Tübingen 1966, p. 245ss et surtout p. 256.

Cf. Ch. Dohmen, Exodus 19-40, Herder, Freiburg – Basel – Wien, 2004, p. 120s.