Avent 2020: troisième semaine

Écouter et mettre en œuvre

 

Pendant les deux premières semaines de l’avent, les lectures ont insisté sur la nécessité d’accueillir et d’écouter Jésus et son message. Et, pour cette troisième semaine, j’ai pensé à deux lectures qui nous montrent quelle doit être la bonne réaction après avoir écouté.

La première lecture est une page de l’Évangile selon Matthieu. Jésus, dans le temple, est interpellé et critiqué par les grands prêtres et les anciens du peuple. En répondant, Jésus leur dit[1] :

28 « Que pensez-vous de ceci ? Un homme a deux fils. Il s’approche du premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui dans la vigne”. 29 Le fils répond et lui dit : “Je ne veux pas”. Plus tard, il change d’avis et il va travailler dans la vigne. 30 Le père s’approche du deuxième fils et lui dit la même chose. Le fils répond et lui dit : “Oui, seigneur, j’y vais”. Mais il ne va pas. 31 Lequel des deux fils a fait la volonté du père ? ».

(Les chefs religieux) lui disent : « Le premier ».

Jésus leur dit : « En vérité, je vous le dis : les collecteurs d’impôts et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. 32 En effet, Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous ne lui avez pas fait confiance. Pourtant les collecteurs d’impôts et les prostituées lui ont fait confiance. Vous avez bien vu cela, mais ensuite, vous n’avez pas changé d’avis pour lui faire confiance » (Matthieu 21,28-32).

Dans son intervention, Jésus présente une situation familiale: un papa qui, d’une façon délicate, demande à ses deux fils d’aller travailler dans la vigne. Le premier fils est un rebelle, il refuse l’invitation en disant: «Je ne veux pas» (v. 29). Mais plus tard, peut-être en regrettant d’avoir réagi durement, «il change d’avis et il va travailler dans la vigne» (v. 29).

A la même invitation de papa, le deuxième fils réagit d’une façon très respectueuse[2], il lui manifeste un respect formel en l’appelant «seigneur» (v. 30). Mais, derrière ce formalisme mis en scène, voilà le refus. Le comportement du premier fils est donc meilleur ; c’est lui qui fait la volonté du père. Même les autorités juives en sont convaincues.

En partant de ce constat, Jésus jette son regard, maintenant, sur la réalité qui l’entoure. Les autorités juives ont refusé le message du Baptiste: Jean a vécu et il a montré le chemin d’un juste comportement par rapport à Dieu et à la parole de Dieu[3]. Mais eux, ils ne lui ont pas fait confiance et ils n’ont pas changé leur comportement injuste. Bien différente a été la réaction des collecteurs d’impôts et des prostituées. Et c’est ainsi que ces personnes «vous précèdent dans le Royaume de Dieu» (v. 31).

Et ce verbe au présent, « vous précèdent », est une invitation urgente aussi pour nous aujourd’hui. L’Évangile ne nous demande pas de nous présenter comme des justes et de nous cacher derrière les apparences et les formalismes. L’Évangile nous demande un cœur capable d’écouter et de changer pour accueillir la ‘nouveauté’ annoncée par Jésus. C’est maintenant que nous sommes invité(e)s à faire la volonté du Père et à entrer, aujourd’hui même, dans le Royaume.

Avec des mots différents, même le Coran nous exhorte à nous comporter de cette façon. En effet, nous lisons :
17 Bonne nouvelle pour ceux qui s’écartent du culte des idoles et reviennent à Dieu ! Annonce cette nouvelle à mes serviteurs 18 qui écoutent mes paroles et se conforment à ce qu’elles contiennent de meilleur. Ce sont ceux-là que Dieu dirige. Ce sont ceux-là qui sont doués d’intelligence » (Sourate 39,17-18).

Ces deux versets, comme d’autres dans la sourate 39, nous invitent à croire et à pratiquer le bien ; une bonne nouvelle nous est annoncée pour la vie future[4]. Cette bonne nouvelle – soulignée avec deux expressions liées une à l’autre dans le verset 17[5] – est pour les personnes qui abandonnent les fausses divinités et qui «reviennent à Dieu». Cette bonne nouvelle, nous dit le verset suivant, est pour celles et ceux qui écoutent les paroles de Dieu et « se conforment à ce qu’elles contiennent de meilleur » ou, littéralement «suivent le meilleur d’elle»[6]. Cette tournure met donc l’accent sur le message le plus intense que la parole de Dieu nous apporte. Voilà ce que le Coran nous invite à faire, à nous conformer à la parole que Dieu nous adresse.

Même si nous, de temps en temps, nous refusons la parole de Dieu qui nous invite à « travailler aujourd’hui dans la vigne », nous devons faire comme ce fils dont Jésus nous parle dans l’Évangile: «Plus tard, il change d’avis et il va travailler dans la vigne» (v. 29).

Bon courage, ma chère, bon courage à toi, mon ami ! Nous allons travailler ensemble.


[1] Pour les variantes dans les manuscrits grecs de cette page, cf. F. De Carlo, Vangelo di Matteo. Nuova versione, introduzione e commento, Paoline, Milano, 2016, p. 526s., note 66.

[2] Ainsi O. Da Spinetoli, Matteo. Il vangelo della chiesa, Cittadella, Assisi (PG) 1983, p. 576.

[3] Ici le mot « justice » indique la conformité à la parole de Dieu. Ainsi R. Manes, Vangelo secondo Matteo. Traduzione e commento, dans I Vangeli, a cura di R. Virgili, Ancora, Milano, 2015, p. 362.

[4] Cf. Le Coran. Traduction française et commentaire, par Si Hamza Boubakeur, Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 1435.

[5] Pour les deux expressions « bonne nouvelle » et « annoncer une bonne nouvelle » et leur utilisation fréquente dans le Coran, cf. A. Godin et R. Foehrlé, Coran thématique. Classification thématique des versets du Saint Coran, Éditions Al-Qalam, Paris, 2004, p. 749-751.

[6] Le Coran. Traduction française et commentaire, par Si Hamza Boubakeur, Maisonneuve & Larose, Paris, 1995, p. 1441.

 

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