Eucharistie: 15 mars 2026
Quatrième dimanche de Carême
« Qui décide de me suivre ne marchera pas dans l’obscurité
mais aura la lumière de la vie » (Jn 8,12)
Première lecture
Avec la première lecture, nous sommes vers l’an 1010 avant la naissance de Jésus. D’après le narrateur biblique, le roi Saül n’a pas respecté les normes rituelles et Dieu l’a rejeté[1]. Voilà pourquoi Dieu ordonne à Samuel de se rendre à Bethléem pour consacrer, par l’onction, un nouveau roi.
Le récit de ce qui se passe à Bethléem est très soigné. Les habitants, en voyant Samuel, sont surpris et inquiets, littéralement ils « tremblent ». Ils veulent savoir si le prophète est porteur de paix. Le prophète les rassure. Mais, dans sa réponse, il parle aussi d’un sacrifice (v. 5). En effet, c’est dans une cérémonie religieuse que le nouveau roi sera oint.
La narration de cette onction nous tient en suspens. Le prophète lui-même ne sait pas qui est celui que Dieu a choisi. Il pense d’abord à Éliab, le fils aîné de Jessé : il est « haut dans sa taille », il a la taille du combattant, un peu comme Saül qui « dépassait tout le peuple de la tête et des épaules » (1 Sam 9,2). Mais ce n’est pas Éliab que Dieu veut. Dieu dit au prophète : « Je ne juge pas comme les humains. Les gens font attention à ce qui se voit, mais Yahvéh regarde le fond du cœur » (v. 7)[2].
Après Éliab, Jessé présente encore six de ses fils. Mais parmi eux il n’y a pas celui que Dieu veut. C’est pourquoi Samuel demande à Jessé : « Est-ce que tes fils sont tous là ? » (v. 11). Non, il y a encore le plus jeune : il s’occupe – berger – des moutons. On le fait venir et Samuel lui donne l’onction parmi ses frères. Et c’est seulement au moment où l’Esprit de Yahvéh vient sur ce jeune, que le narrateur nous dit son nom : David[3]. David, un inconnu, un inconnu même pour le prophète. Et pourtant Dieu le remplit de son Esprit : « et se précipite – l’Esprit de Yahvéh – sur David à partir de ce jour-là et au-delà» (v. 13). Une action soudaine, celle de l’Esprit : l’Esprit qui pénètre dans une personne et la transforme intérieurement. Cette personne est la plus jeune, la plus faible par rapport à ses frères[4] : voilà la personne que Dieu préfère pour agir dans l’histoire de son peuple.
Du Premier livre de Samuel (16,1b. 4-13a)
1b Et dit, Yahvéh, à Samuel : « Remplis d’huile ta corne et va. Je t’envoie vers Jessé, à Bethléem, car j’ai vu – parmi ses fils – un roi pour moi ». 4 Et fit, Samuel, ce que Yahvéh avait dit, et il se rendit à Bethléem. Et les anciens de la ville tremblent. Ils viennent à sa rencontre et lui demandent : « Est-ce que ta venue est une venue de paix ? » 5 Et Samuel répond : « Oui, de paix. Je viens offrir un sacrifice à Yahvéh. Rendez-vous purs pour la cérémonie et venez ensuite avec moi ».
Samuel dit aussi à Jessé et à ses fils : « Rendez-vous purs, je vous invite au sacrifice ». 6 Quand Jessé et ses fils arrivent, Samuel voit Éliab et pense : « Certainement, Yahvéh a devant lui l’homme de sa onction ! » 7 Mais Yahvéh dit à Samuel : « Cet homme est beau et haut dans sa taille. Mais tu ne dois pas faire attention à cela ! Ce n’est pas lui que j’ai choisi. Je ne juge pas comme les humains. Les gens font attention à ce qui se voit, mais Yahvéh regarde le fond du cœur ».
8 Ensuite Jessé appelle Abinadab. Il le fait passer devant Samuel, mais Samuel dit : « Ce n’est pas non plus cet homme-là que Yahvéh a choisi ». 9 Jessé fit passer Shamma, mais Samuel dit : « Celui-ci non plus, Yahvéh ne l’a pas choisi ». 10 Jessé fait passer ainsi sept de ses fils devant Samuel. Et Samuel dit à Jessé : « Yahvéh n’a choisi aucun d’eux ».
11 Puis, à Jessé, Samuel ajoute : « Est-ce que tes fils sont tous là ? » Jessé répond : « Non, il y a encore le plus jeune. Il s’occupe – berger – des moutons ». Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie quelqu’un le chercher ! Nous ne commencerons pas le repas (du sacrifice) avant son arrivée ». 12 Jessé le fit donc venir. Et lui, il avait le teint clair, avec de beaux yeux et un beau visage. Alors Yahvéh dit à Samuel : « Lève-toi, donne-lui l’onction, c’est lui ! ». 13a Et prend, Samuel, la corne de l’huile et il lui donne l’onction au milieu de ses frères. Et se précipite – l’Esprit de Yahvéh – sur David à partir de ce jour-là et au-delà.
Parole du Seigneur.
Psaume
Le psaume 23 est une prière très simple : elle ne demande rien à Dieu, elle n’est pas un remerciement ou une louange[5]. Elle est un moment dans lequel une personne prend conscience de ce qu’elle vit.
Le poème se compose de deux parties : la première (vv. 1-4) chante Dieu comme berger, la seconde (vv. 5-6) comme hôte.
Dans la première partie, le poète célèbre Dieu – d’abord (vv. 1-3) – à la troisième personne : il est mon berger, il me fait reposer, il me conduit, il me guide. L’image est celle d’un berger qui n’a pas de résidence fixe. Il est toujours en marche, avec sa brebis, pour la guider où il y a de l’eau, de l’herbe fraîche, un endroit pour lui permettre le repos. Mais, si en Palestine d’habitude le berger s’occupe de plusieurs brebis, le poète se sent comme la seule brebis, et le berger s’occupe toujours d’elle, en lui révélant son amour, « son intimité » (v. 3).
A la fin de cette première partie, le poète ne parle plus à Dieu à la troisième personne : il utilise la deuxième personne, il lui dit ‘tu’ : « tu es avec moi » (v. 4). Et cette présence de Dieu permet au poète de ne pas avoir peur. Il n’a pas peur même s’il va « dans une vallée de profonde obscurité » comme il y en a dans le sud de la Palestine, des vallées escarpées et très dangereuses. Plus tard, dans la traduction grecque, cette image de la vallée sera profondément transformée : en changeant une petite voyelle de l’hébreu, on traduit : « Même si je vais au cœur de l’ombre de la mort, … tu es avec moi ».
Comme dans la finale de la première partie, aussi au début de la seconde partie (v. 5), le poète s’adresse à Dieu en lui disant ‘tu’ : « Tu prépares un banquet pour moi. Tu m’accueilles. Tu remplis ma coupe jusqu’au bord ». Ces images correspondent à celles de la première partie : nourriture, boisson, repos. Mais ces actions ne visent plus une brebis. Le poète ne s’identifie plus à une brebis dont le berger prend soin. Le poète se présente désormais comme une personne que Dieu accueille comme hôte, un hôte de respect[6].
Enfin, dans le dernier verset, le poète revient sur Dieu. Il en parle en utilisant la troisième personne : Dieu lui-même, sa bonté et sa fidélité[7] « m’accompagneront tous les jours de ma vie ». Si le verset 5 pouvait faire penser à Dieu qui, une seule fois, accueille l’homme comme son hôte, le dernier verset élimine toute ambiguïté. L’homme reviendra et habitera[8] dans la maison de Yahvéh, car Yahvéh l’accueillera dans sa maison « pour de longs jours », une expression biblique qui signifie ‘pour toujours’[9]. Voilà le banquet que Dieu a préparé, pour chacune et chacun de nous et pour toutes les personnes tuées dont nous portons, dans notre cœur, une immense nostalgie.
Mais maintenant, nous qui sommes encore en chemin, nous pouvons, en lisant ce psaume, intervenir avec ce refrain qui reprend le verset 1 :
Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.
Psaume 23 (versets 1-2. 3. 4. 5. 6)
1 Psaume appartenant au recueil de David.
Yahvéh est mon berger, je ne manque de rien.
2 Il me fait reposer dans des prés d’herbe fraîche,
il me conduit vers des eaux, dans des espaces de tranquillité.
Refr. : Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.
3 Il me rend les forces,
il me conduit
par les bons sentiers,
parce qu’il me révèle son intimité.
Refr. : Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.
4 Même si je vais dans une vallée de profonde obscurité,
je n’ai peur de rien,
car toi, tu es avec moi.
Ton bâton de berger est près de moi, il me rassure.
Refr. : Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.
5 Vis-à-vis de ceux qui m’attaquent,
tu prépares un banquet pour moi.
Tu m’accueilles en versant sur ma tête de l’huile parfumée.
Tu remplis ma coupe jusqu’au bord.
Refr. : Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.
6 Oui, sa bonté et sa fidélité
m’accompagneront tous les jours de ma vie,
et j’habiterai à la maison de Yahvéh
pour de longs jours.
Refr. : Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.
Deuxième lecture
Dans la lettre aux Éphésiens, l’auteur – peut-être Paul, peut-être un de ses disciples et collaborateurs – invite les Éphésiens à changer de comportement. Il les exhorte en ces termes : « Ne vivez plus comme ceux qui ne connaissent pas Dieu. Leurs pensées ne mènent à rien. Leur intelligence est dans la nuit, et ils ne participent pas à la vie de Dieu. En effet, ils ont perdu tout sentiment de honte ; ils se sont livrés au vice et commettent sans aucune retenue toutes sortes d’actions impures » (4,17-19).
Quant aux chrétiens d’Éphèse, au passé ils ont vécu comme ceux qui ne connaissent pas Dieu. Mais, en devenant chrétiens, ils vivent désormais dans une condition totalement différente. Voilà le changement que l’auteur évoque au début de sa page : « Autrefois, vous étiez ténèbres ; mais maintenant, par votre union avec le Seigneur, vous êtes lumière » (v. 8). Et toute la page de ce matin insistera sur l’opposition entre ténèbres (vv. 8.11) et lumière (vv. 8.8.9.13.14).
A travers l’image des ténèbres, la lettre évoque un style de vie sans aucun engagement pour le bien, sans aucun fruit, une vie caractérisée comme un ensemble d’œuvres « stériles » (v. 11). En plus, l’image des ténèbres suggère les choses faites en cachette. Il s’agit des actions mauvaises desquelles on a honte même d’en parler, des actes d’injustice que les chrétiens sont invités à dénoncer et à dévoiler.
Au contraire, l’image de la lumière évoque « toute sorte de bonté, de justice et de vérité » (v. 9), bref tout « ce qui plaît au Seigneur » (v. 10). Voilà ce que les croyants doivent reconnaître et mettre en pratique, voilà ce que la lettre définit comme « le fruit de la lumière » (v. 9).
Et la page se termine avec la citation d’un fragment d’un hymne lié à la liturgie du baptême. On a deux impératifs : « Réveille-toi, lève-toi ». La condition de départ est le sommeil, l’inactivité, la mort et le péché. Il faut se laisser arracher à la mort par la résurrection[10]. Ainsi on pourra vivre « comme des enfants de lumière » (v. 8). Et chacune et chacun de nous vivra guidé(e) par le Christ. Les derniers mots de notre page nous l’assurent : « le Christ resplendira sur toi » (v. 14).
De la lettre aux Éphésiens (5,8-14)
Mes frères et sœurs, 8 autrefois, vous étiez ténèbres ; mais maintenant, par votre union avec le Seigneur, vous êtes lumière. Vivez comme des enfants de lumière ; 9 car le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité. 10 Efforcez-vous de reconnaître ce qui plaît au Seigneur. 11 Ne prenez pas part aux œuvres stériles des ténèbres. Au contraire, dévoilez-les. 12 En effet, ce que les gens font en cachette, on a honte même d’en parler. 13 Pourtant, quand on dévoile toutes ces choses, elles apparaissent en pleine lumière. 14 En effet, tout ce qui apparaît clairement devient lumière. C’est pourquoi on dit :
« Réveille-toi, toi qui dors,
lève-toi d’entre les morts,
et le Christ resplendira sur toi ».
Parole du Seigneur.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Moi, je suis la lumière du monde, dit le Seigneur.
Celui qui me suit aura la lumière de la vie. (Jean 8,12)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Évangile
Au chapitre 9 de son Évangile, Jean nous présente Jésus qui guérit un aveugle de naissance. Le récit se compose de trois parties. D’abord le miracle ; ensuite les discussions à propos du miracle et les interrogatoires – de la part des pharisiens – des parents de l’homme guérit et du guérit lui-même ; enfin la conclusion avec le dialogue entre Jésus et l’homme guérit.
Dans la première partie (vv. 1-7), Jean nous présente d’abord Jésus qui vient de sortir du temple, là où on venait de célébrer la fête des tentes, une fête dans laquelle on mettait et on allumait, dans le temple, de grands chandeliers et, la nuit venue, des hommes dansaient accompagnés des chants de la foule[11]. En sortant du temple, là où les aveugles avaient l’habitude de s’asseoir et de mendier, Jésus voit un aveugle-né. Devant cet aveugle, les disciples demandent : il est né aveugle « à cause de son propre péché ou à cause du péché de ses parents ? » (v. 2).
Si, conformément à la mentalité de l’époque, les disciples voient, dans l’aveugle, une punition de Dieu, Jésus les corrige. Les œuvres de Dieu ne se manifestent pas dans la destruction de la personne mais dans la guérison[12]. Et Jésus, qui est la lumière du monde, accomplira cette œuvre de Dieu. Il va l’accomplir, dit-il en faisant référence à sa mort qui s’approche, « tant qu’il fait jour » (v. 4).
Dans la suite du récit (vv. 6-7), l’évangéliste nous raconte, très brièvement, ce que Jésus fait pour guérir l’aveugle-né. C’est Jésus qui prend l’initiative, même sans consulter l’intéressé. Jésus, avec sa salive, fait de la boue et la met sur les yeux de l’aveugle en lui ordonnant d’aller se laver dans la piscine de Siloé. Et le nom « Siloé », nous dit Jean, signifie « Envoyé ». Pour l’évangéliste, donc, le lieu de la guérison fait référence, indirectement, à Jésus qui est l’Envoyé du Père.
La deuxième partie du récit (vv. 8-34) nous raconte, d’abord, comment les voisins de l’aveugle réagissent. Ils interrogent l’intéressé qui se limite à raconter comment sa guérison a eu lieu (vv. 8-12).
Ensuite, l’aveugle guéri doit se présenter aux pharisiens (vv. 13-17). Ces personnes lui demandent comment il a été guéri et quelle est son opinion à propos du guérisseur. Sa réponse est très nette : « Il dit : “C’est un prophète” » (v. 17).
Les pharisiens interrogent aussi les parents de l’aveugle guéri (vv. 18-23). Mais les parents de l‘aveugle se limitent à reconnaître que l’homme guéri est leur fils, et ils ne disent rien de plus. En effet, ils savent que les responsables juifs ont déjà décidé : « si quelqu’un confesse que Jésus est le Christ, il sera exclu de la synagogue » (v. 22).
Ensuite, les pharisiens convoquent une deuxième fois l’aveugle guéri (vv. 24-34). En effet, les pharisiens sont convaincus que Jésus est un pécheur. Au contraire, l’aveugle guéri affirme : « Si c’est un pécheur, je ne sais pas ; une seule chose je sais : j’étais aveugle et maintenant je vois » (v. 25). Et l’action accomplie par Jésus permet à l’aveugle guéri de faire un pas en avant. A propos de Jésus il déclare : « Si celui-ci n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire » (v. 33). Et, devant cette affirmation, les pharisiens n’ont plus rien à dire. Et alors… « ils le jettent dehors, oui, dehors ! » (v. 34).
Enfin, la troisième partie de notre page nous présente deux scènes. D’abord (vv. 35-38) Jésus qui rencontre et interroge l’aveugle guéri et lui demande : « Toi, tu crois au Fils de l’homme ? » (v. 35). Et cette phrase est la seule, dans le Nouveau Testament, où le titre « Fils de l’homme » est proposé comme objet de foi[13].
Quant à l’aveugle-né, il n’a pas encore reconnu, en Jésus, le Fils de l’homme. Voilà pourquoi Jésus se révèle et lui dit : « « Tu l’as vu et tu le vois ; celui qui parle avec toi, c’est lui » (v. 37). Et de cette parole de Jésus jaillit – dans celui qui est né aveugle – la foi. « Il dit : “Je crois, Seigneur”. Et il se met à genoux devant lui » (v. 38).
Dans la deuxième scène de cette partie (vv. 39-41), Jésus annonce le sens de sa mission : « Je suis venu dans ce monde pour que ceux qui ne voyaient pas puissent voir, et pour que ceux qui voyaient deviennent aveugles » (v. 39). La venue de Jésus provoque un renversement des situations. Les gens qui, comme l’aveugle-né, ne voyaient pas deviennent – grâce à Jésus – des voyants. Au contraire, les personnes qui refusent Jésus deviennent aveugles. En écoutant cette déclaration faite par Jésus, les pharisiens lui demandent : « Sommes-nous des aveugles, nous aussi ? » (v. 40). Et Jésus ne peut que conclure : « Si vous étiez aveugles, vous ne seriez pas pécheurs » (v. 41). Mais, étant donné que les pharisiens ont vu ce que Jésus a fait mais refusent de voir en lui l’envoyé du Père, ils sont et ils restent dans le péché.
Pour conclure. Jean nous raconte brièvement la guérison de l’aveugle-né. Mais il s’arrête surtout sur les différentes réactions devant cette guérison. D’un côté, il y a les parents de l’aveugle : ils ont peur des Juifs et, à cause de cette peur, ils ne réagissent pas, ils se déclarent non concernés par ce que Jésus a accompli. Bien différente est la réaction de leur fils. En Jésus qui se révèle comme « le Fils de l’homme », il met toute sa foi. Au contraire, les pharisiens refusent de s’ouvrir à l’œuvre de Jésus et se manifestent ainsi comme les vrais aveugles.
Voilà les trois possibilités. Et nous ? Grâce à cette page de Jean, à nous de bien choisir.
De l’Évangile de Jean (9,1-41)
1 En passant, Jésus voit un homme aveugle depuis sa naissance. 2 Et ses disciples interrogent Jésus en disant : « Maître, cet homme est né aveugle. Donc, c’est à cause de son propre péché ou à cause du péché de ses parents ? ». 3 Jésus répond : « Ce n’est ni à cause de son péché, ni à cause du péché de ses parents. Il est aveugle pour que les œuvres de Dieu puissent se manifester en lui. 4 Tant qu’il fait jour, nous devons œuvrer aux œuvres de celui qui m’a envoyé. La nuit s’approche, où personne ne peut œuvrer. 5 Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ».
6 Après que Jésus a dit cela, Jésus crache par terre. Avec sa salive, il fait de la boue et il met la boue sur les yeux de l’aveugle. 7 Ensuite, il lui dit : « Va te laver dans l’eau, à Siloé ». Le nom « Siloé » veut dire « Envoyé ». L’aveugle donc va et il se lave. Quand il revient, il voit clair.
8 Ses voisins et ceux qui auparavant l’avaient vu mendiant disaient : « N’est-ce pas celui qui était assis à mendier ? » 9 Les uns disaient : « Oui, c’est lui ». D’autres disaient : « Non, c’est quelqu’un qui lui ressemble ». Mais lui-même disait : « C’est bien moi ». 10 Ils lui disaient donc : « Comment tes yeux ont-ils été ouverts ? ». 11 Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a mise sur les yeux et il m’a dit : “Va te laver à Siloé”. Je suis donc allé, je me suis lavé et j’ai retrouvé la vue ». 12 Ils lui dirent : « Où est cet homme ? » Il dit : « Je ne sais pas ».
13 On conduit chez les pharisiens celui qui, avant, était aveugle. 14 Le jour où Jésus avait fait de la boue et avait ouvert les yeux de l’aveugle, c’était un jour du sabbat. 15 A leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il avait retrouvé la vue. Il leur dit : « Il a mis de la boue sur mes yeux, je me suis lavé et je vois ». 16 Quelques pharisiens disaient : « L’homme qui a fait cela ne vient pas de Dieu. En effet, il ne respecte pas le jour du sabbat ». Mais d’autres disaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il faire de tels signes ? » Et ils n’étaient pas d’accord entre eux. 17 Alors ils disent encore à l’homme qui était aveugle : « Et toi, qu’est-ce que tu dis de lui, parce qu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète ».
18 Mais les Juifs ne veulent pas croire que cet homme était aveugle, et que, maintenant, il voit clair. C’est pourquoi ils font venir ses parents, 19 et ils leur demandent : « Est-ce que cet homme est votre fils, celui que vous dites qu’il est né aveugle ? Comment donc, maintenant il voit ? » 20 Ses parents, donc, répondent et disent : « Nous savons que celui-ci est notre fils, et qu’il est né aveugle. 21 Comment maintenant il voit, nous l’ignorons. Qui lui a ouvert les yeux ? Nous l’ignorons. Interrogez-le, il a l’âge, il dira lui-même ce qui le concerne ». 22 Les parents disent cela parce qu’ils ont peur des chefs juifs. En effet, les Juifs s’étaient déjà mis d’accord : si quelqu’un confesse que Jésus est le Christ, il sera exclu de la synagogue. 23 Voilà pourquoi les parents disent : « Il a l’âge, interrogez-le ».
24 Une seconde fois, les pharisiens appellent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui disent : « Rends gloire à Dieu ! Nous, nous le savons, cet homme est un pécheur ». 25 L’homme donc répond : « Si c’est un pécheur, je ne sais pas ; une seule chose je sais : j’étais aveugle et maintenant je vois ». 26 Alors ils lui disent : « Qu’est-ce qu’il t’a fait ? Comment a-t-il ouvert tes yeux ? » 27 Il leur répond : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas entendu. Pourquoi voulez-vous l’entendre à nouveau ? Voulez-vous, vous aussi, devenir ses disciples ? » 28 Alors ils se mettent à l’insulter. Ils lui disent : « Toi, tu es disciple de celui-là ; nous, nous sommes disciples de Moïse. 29 Nous, nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais celui-ci, nous ne savons pas d’où il est ». 30 L’homme guérit répond et leur dit : « Voilà bien ce qui est étonnant : vous ne savez pas d’où il vient et pourtant il a ouvert mes yeux ! 31 Nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs. Mais si quelqu’un honore Dieu et fait sa volonté, celui-là, il l’écoute. 32 Depuis l’éternité, on n’a jamais entendu dire que quelqu’un a ouvert les yeux d’une personne née aveugle. 33 Si celui-ci n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ». 34 Ils lui répondent et lui disent : « Depuis ta naissance, tu es tout entier dans le péché, et à nous tu veux nous enseigner quelque chose ? » Alors ils le jettent dehors, oui, dehors !
35 Jésus entend dire qu’ils l’ont jeté dehors, oui, dehors. Et, l’ayant trouvé, il lui dit : « Toi, tu crois au Fils de l’homme ? ». 36 L’homme répond et lui dit : « Qui est-il, Seigneur, pour que je puisse croire en lui ? » 37 Jésus lui dit : « Tu l’as vu et tu le vois ; celui qui parle avec toi, c’est lui ». 38 Alors il dit : « Je crois, Seigneur ». Et il se met à genoux devant lui.
39 Ensuite Jésus dit : « Je suis venu dans ce monde pour que ceux qui ne voyaient pas puissent voir, et pour que ceux qui voyaient deviennent aveugles. Voilà le jugement ». 40 Quelques pharisiens sont là. Ils entendent les paroles de Jésus et ils lui disent : « Sommes-nous des aveugles, nous aussi ? » 41 Jésus leur répond : « Si vous étiez aveugles, vous ne seriez pas pécheurs. Mais, en fait, vous dites : “Nous voyons clair”. Voilà pourquoi votre péché demeure ».
Acclamons la Parole de Dieu.
Prière d’ouverture
Seigneur, nous te cherchons et nous désirons ton visage ;
permets-nous, qu’un jour, éloigné le voile qui te sépare de nous, nous puissions te contempler.
Nous te cherchons dans les Écritures qui nous parlent de toi
et sous le voile de la sagesse, fruit de la recherche mise en œuvre par les humains.
Nous te cherchons dans les visages lumineux des frères et des sœurs
et dans les signes de ta passion, des signes portés par les corps qui souffrent.
Chaque créature est marquée par les traces de ton œuvre créatrice,
chaque chose révèle un rayon de ton invisible beauté.
Tu es révélé par le service d’un frère à ses frères,
tu es manifesté dans l’amour fidèle qui ne s’évanouit jamais.
Non les yeux, mais le cœur peut te voir,
et en toute simplicité et vérité nous cherchons de parler avec toi[14].
[Prière des jours : communauté de Bose, Italie]
Prière des fidèles
* La première lecture nous montre que toi, Seigneur Dieu, tu ne donnes pas d’importance à la beauté d’un homme ou à sa taille. Si « les gens font attention à ce qui se voit », toi, tu regardes le fond du cœur. Et tes préférences ne sont pas pour les puissants mais pour les personnes qui ne sont pas considérées, pour les jeunes, pour les bergers. Permets à nous, Seigneur, de savoir découvrir, en elles, la parole qui jaillit de ton Esprit.
* Le Psaume nous aide à prendre conscience de notre condition d’hommes et de femmes croyants et croyantes. Le poète insiste : « Yahvéh est mon berger, je ne manque de rien. Il me fait reposer dans des prés d’herbe fraîche, il me conduit vers des eaux, dans des espaces de tranquillité ». Aide-nous, Seigneur, à regarder, avec confiance, notre vie, même dans des moments difficiles. En effet, même en traversant « une vallée de profonde obscurité », tu es avec nous et tu nous rassures.
* La lettre aux Éphésiens nous a apporté un message surprenant. A chacune et à chacun de nous,
à nous qui sommes des personnes très faibles, l’auteur déclare : « par votre union avec le Seigneur, vous êtes lumière ». Mais, après cette déclaration, la lettre nous dit comment nous devons nous comporter : « Vivez comme des enfants de lumière ; car le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité ». Donne-nous, Seigneur, la force de vivre ainsi jour après jour, en reconnaissant et en accomplissant, Seigneur, ce qui te plaît.
* La page de l’Évangile nous a parlé d’un homme né aveugle. Grâce à Jésus, cet homme voit et, surtout, il reconnaît Jésus comme le Fils de l’homme, et il lui dit : « Je crois, Seigneur » et « il se met à genoux devant lui ». Que nous aussi, parfois aveugles et incapables de reconnaître ta présence dans notre vie de tous les jours, que nous aussi nous devenions capables de suivre ta parole et de nous confier, totalement, à toi.
[1] Cf. 1 Sam 13,7-15 et 15,11-23.
[2] Pour l’interprétation de ces derniers mots dans le texte hébreu, cf. D. Barthélemy, Critique textuelle de l’Ancien Testament. Josué, Juges, Ruth, Samuel, Rois, Chroniques, Esdras, Néhémie, Esther, Éditions universitaires – Vandenhoeck & Ruprecht, Fribourg – Göttingen, 1982, p. 189.
[3] Cf. A. Caquot – Ph. De Robert, Les livres de Samuel, Labor et fides, Genève, 1994, p. 189.
[4] Cf. F. Stolz, Das erste und zweite Buch Samuel, TVZ, Zürich, 1981, p. 108.
[5] C. M. Martini, Il desiderio di Dio. Pregare i salmi, Centro ambrosiano, Milano, 2002, p. 67.
[6] Cf. E. Zenger, dans F.-L. Hossfeld – E. Zenger, Die Psalmen, Band I. Psalm 1-50, Echter, Würzburg, 1993, p. 155.
[7] Cf. L. Alonso Schökel, I Salmi, vol. 1, Borla, Roma, 1992, p. 461.
[8] Pour ce verbe hébreu dans le v. 6, cf. D. Barthélemy, Critique textuelle de l’Ancien Testament. Tome 4. Psaumes, Academic Press – Vandenhoeck & Ruprecht, Fribourg – Göttingen, 2005, p. 14-17. Cf. aussi G. Ravasi, Il libro dei Salmi. Commento e attualizzazione. Vol. I (Salmi 1-50), EDB, Bologna, 2015, p. 444s.
[9] Cf. J.-L. Vesco, Le psautier de David traduit et commenté, Cerf, Paris, 2006, p. 247.
[10] Ainsi écrit C. Reynier, L’épître aux Éphésiens, Cerf, Paris, 2004, p. 164.
[11] Cf. le traité Soukkah V,1-4. Cf. H. Cousin – J.-P. Lémonon – J. Massonnet, Le monde où vivait Jésus, Cerf, Paris, 2004, p. 359.
[12] Cf. J. Zumstein, L’Évangile selon saint Jean (1-12), Labor et fides, Genève, 2014, p. 317.
[13] Cf. J. Zumstein, L’Évangile selon saint Jean (1-12), Labor et fides, Genève, 2014, p. 312, note 7. Cf. aussi C. M. Martini, Colti da stupore. Incontri con Gesù, Mondadori, Milano, 2012, p. 176.
[14] Il libro delle preghiere, a cura di E. Bianchi, Einaudi, Torino, 1997, p. 43.
