Eucharistie: 11 janvier 2026

Le Baptême du Seigneur — Année A

 

Le baptême de Jésus

 

Première lecture

Avec la première lecture, nous sommes vers les années 550-540. En Orient, le perse Cyrus – son nom signifie ‘berger’ – s’impose sur le plan politique et, à travers une action généreuse envers les minorités opprimées, il éveille l’espoir. Il éveille l’espoir aussi à Babylone, chez les Babyloniens et aussi chez les Juifs exilés[1].

Devant la politique de ce chef tolérant et respectueux des minorités, un exilé juif, dont les poèmes ont été insérés dans le livre d’Isaïe, crée la page qu’on va lire.

En elle, le poète parle de Dieu, Dieu qui présente un personnage indiqué comme « ’Abdi », c’est-à-dire « mon serviteur ». C’est le serviteur que Dieu a voulu choisir et auquel il a donné son esprit. Et cela en vue d’une tâche immense, celle d’apporter le droit, littéralement de le « faire sortir » (vv. 1.3 et 7) en faveur des nations. Et ce droit n’est pas seulement au niveau de la grande politique. Ce droit est aussi le respect des petits, des personnes sans espoir, comme le roseau courbé et la flamme qui devient faible (v. 3).

A ce serviteur – nous allons lire dans les derniers versets (vv. 6-7) – Dieu adresse directement la parole. Dieu lui confirme qu’il l’a choisi et le soutient pas à pas. Enfin, Dieu lui confie son projet : « Je te donne comme alliance pour le peuple, et comme lumière pour les nations » (v. 6). Et ce serviteur-lumière va devenir lumière aussi pour les aveugles, pour ceux qui sont en prison, pour celles et ceux « qui sont assis dans l’obscurité » (v. 7). Les nations réconciliées : marchant ensemble vers la Lumière qi est le Dieu d’Israël[2], elles mettent fin à toute domination, discrimination, marginalisation et exil.

Et ce serviteur, ce personnage mystérieux annoncé par le poète, sera identifié – dans le Nouveau Testament – avec Jésus.

 

Du livre du prophète Isaïe (42,1-4.6-7)

1 « Voici mon serviteur.

Je le soutiens par la main,

c’est lui que j’ai choisi avec joie.

J’ai mis mon esprit sur lui,

et il fera sortir le droit en faveur des nations.

2 Il ne parle pas fort,

on n’entend pas sa voix dans la rue.

3 Le roseau courbé, il ne le casse pas

la flamme qui devient faible, il ne l’éteint pas.

Il fera sortir et s’affirmer loyalement le droit.

4 Il ne se découragera pas,

il ne se laissera pas abattre

avant d’établir le droit sur la terre.

Les peuples éloignés désirent recevoir son enseignement ».

5 Dieu, Yahvéh,

a créé le ciel et il l’a déroulé.

Il a étendu la terre avec toutes les plantes.

Il donne la vie aux peuples qui l’habitent,

le souffle à ceux qui sont en chemin sur elle.

Voici ce qu’il dit à son serviteur :

6 « Moi, Yahvéh, je t’ai appelé pour la justice.

Je te prends par la main,

c’est moi qui t’ai formé.

Je te donne comme alliance pour le peuple,

et comme lumière pour les nations.

7 Tu ouvriras les yeux des aveugles,

tu feras sortir les prisonniers de leur prison,

et de leur cellule ceux qui sont assis dans l’obscurité.

 

Parole du Seigneur.

 

Psaume

Le psaume 29 remonte à une époque très ancienne. Son auteur, qui vivait à contact avec d’autres peuples[3], sait qu’il y a des personnes qui croient à plusieurs divinités. Dans la pensée de ces gens, ces divinités – comme des fils du Dieu suprême, vivent à sa cour et sont les conseilleurs de la couronne[4]. En reprenant cette conception, notre auteur la corrige. Il invite ces « fils des Dieu » (v. 1) à rendre hommage à Yahvéh qui est le seul Dieu authentique[5]. D’ici les impératifs de la première strophe : « Vous, les fils des dieux, donnez à Yahvéh gloire et puissance ! » (v. 1), « Prosternez-vous devant Yahvéh » (v. 2).

Dans la deuxième partie du psaume, le poète chante les actions de Yahvéh, le roi des divinités. Et ces actions sont évoquées à travers l’image de la voix. Dans cette partie centrale du psaume, « la voix de Yahvéh » est mentionnée sept fois, et ça pour attester la plénitude de la révélation de la puissance divine[6]. De cette partie, nous lirons seulement une strophe, là où le poète chante « La voix de Yahvéh » qui soumet et impose des limites aux eaux, « des eaux abondantes / immenses » qui risquent de menacer la terre. Sur ces eaux, la voix de Yahvéh s’impose « avec puissance », « avec majesté » (v. 4).

Enfin la troisième strophe. Ici, les humains réagissent devant les actes de puissance et de majesté de Yahvéh. Ils réagissent et « tous dans son temple » reconnaissent Dieu comme le seul digne de gloire. En effet, ils proclament : « Gloire (à Dieu) ! » (v. 9c). Et le poète peut conclure, en regardant l’histoire de l’humanité, en faisant référence au déluge : déjà au temps du déluge, Noé a pu constater que « Yahvéh siège comme roi sur les eaux ». Et ce constat vaut pour toujours : en effet, « siège comme roi, Yahvéh, pour toujours » (v. 10).

A ce psaume, probablement après l’exil à Babylone, on a ajouté un verset qui évoque les difficultés d’une reconstruction après la guerre, les destructions et les violences. C’est le verset 11, où on lit : « Yahvéh donnera de la force à son peuple, Yahvéh bénira son peuple à travers la paix ». Faisons nôtre ces déclarations pleines de confiance. On pourra donc intervenir, à la fin de chaque strophe, avec ce refrain :

Yahvéh bénira son peuple à travers la paix.

 

Psaume 29 (versets 1-2.  3ac-4.  3b.9c-10)

1 Vous, les fils des dieux, donnez à Yahvéh,

donnez à Yahvéh gloire et puissance !

2 Donnez à Yahvéh la gloire de son nom !

Prosternez-vous devant Yahvéh quand il se manifeste dans sa sainteté !

Refr. :  Yahvéh bénira son peuple à travers la paix. 

 

3a La voix de Yahvéh (retentit) sur les eaux,

3c Yahvéh au-dessus des eaux abondantes.

4 La voix de Yahvéh (résonne) avec puissance,

la voix de Yahvéh (résonne) avec majesté.

Refr. :  Yahvéh bénira son peuple à travers la paix. 

 

3b Le Dieu de la gloire fait éclater le tonnerre,

9c et tous dans son temple proclament : « Gloire (à Dieu) ! »

10 Yahvéh siège comme roi sur les eaux du déluge

et siège comme roi, Yahvéh, pour toujours.

Refr. :  Yahvéh bénira son peuple à travers la paix. 

 

Deuxième lecture

Dans les Actes des apôtres, une page fondamentale est le récit de Pierre qui s’ouvre aux non-juifs. C’est ainsi que l’apôtre ose rencontrer Corneille, un officier romain, un homme qui apprécie la religion juive, soutient la population par de larges aumônes et prie Dieu sans cesse.

Et Pierre, en s’adressant à Corneille, ne peut que se rendre compte « que Dieu est impartial » (v. 34). Le Deutéronome affirmait : « Dieu n’exalte pas le visage de certaines personnes » (10,17). Et Pierre revient sur l’impartialité de Dieu et il explique : « en toute nation, celui qui le respecte avec confiance et fait ce qui est juste, cette personne plaît à Dieu » (v. 35). Il n’y a donc plus un privilège exclusif d’Israël dans l’accueil de la parole de Dieu[7].

Après cette affirmation sur Dieu comme Dieu de tous, Pierre arrive à parler de Jésus qui a annoncé la bonne nouvelle aux fils d’Israël mais qui est, en même temps, « le Seigneur de tous » (v. 36). En effet, comme c’est le cas de Corneille auquel Pierre s’adresse, les païens aussi ont accès à la parole de paix portée par Jésus.

Et, en parlant de Jésus, l’apôtre évoque l’événement fondamental du baptême, lorsque Dieu l’a marqué – littéralement l’a oint[8] – « d’Esprit saint et de puissance » (v. 38). Grâce à cet Esprit et à cette puissance reçue de Dieu, Jésus a pu faire du bien et guérir, donc libérer les hommes de la puissance du mal. En effet, « Dieu était avec lui » (v. 38).

Et le texte souligne ainsi que la rencontre de Jésus avec Dieu ne s’est pas limitée au moment du baptême. Dieu l’a accompagné et soutenu pendant tout son ministère, jusqu’à sa mort à Jérusalem, jusqu’au moment où le Père l’a accueilli chez lui.

 

Des Actes des apôtres (10,34-39)

Arrivé à Césarée, chez un centurion de l’armée romaine, 34 Pierre ouvrant sa bouche, dit : « En vérité, je me rends compte que Dieu est impartial. 35 En toute nation, celui qui le respecte avec confiance et fait ce qui est juste, cette personne plaît à Dieu.

36 Dieu a envoyé sa parole aux fils d’Israël : il leur a annoncé la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ, qui est le Seigneur de tous. 37 Vous le savez. L’événement a gagné la Judée entière ; il a commencé par la Galilée, après le baptême que proclamait Jean. 38 Vous savez comment Dieu l’a marqué d’Esprit saint et de puissance. Et Jésus est passé partout en faisant le bien. Il guérissait tous ceux qui étaient prisonniers de l’esprit du mal, parce que Dieu était avec lui. 39 Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem ».

 

Parole du Seigneur.

 

Alléluia. Alléluia.

Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert,

l’Esprit descend sur Jésus,

et la voix du Père domine les eaux :

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ! »

Alléluia. (cf. Matthieu 3,16-17)

 

Évangile

L’Évangile nous parle du baptême de Jésus. En composant son récit, Matthieu reprend ce que Marc avait écrit dans son Évangile, mais en introduisant des éléments nouveaux.

La première nouveauté est dans l’attitude de Jean. Jean ne veut pas baptiser Jésus ; il lui dit : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens vers moi ? ». Au fond, pour Matthieu, Jésus est bien au-dessus de Jean. Matthieu écrira : « parmi les enfants de femmes, il n’a jamais existé quelqu’un plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui » (11,11).

Mais alors, pourquoi Jésus, qui est sans péché et n’a pas besoin de conversion[9], s’est fait baptiser par Jean ? La réponse, Matthieu la met sur la bouche de Jésus : « Nous devons faire toute justice » (v. 15). Et ici la justice est que Jésus soit solidaire, par son baptême, avec ceux et celles qui, dans le baptême, se reconnaissent loin de Dieu et veulent changer, veulent s’ouvrir à Dieu. Pour leur apporter la bonne nouvelle de Dieu, il ne faut pas se mettre au-dessus des autres, il faut se solidariser avec eux[10]. Voilà la deuxième nouveauté introduite par Matthieu : pour Jésus, la volonté de Dieu se réalise dans la solidarité.

Enfin, dans le récit de Matthieu, il y a un troisième détail, attesté dans la plupart des manuscrits : « les cieux s’ouvrirent pour lui » (v. 17). Oui, les cieux s’ouvrent pour Jésus, Jésus qui est le serviteur de Dieu, celui que Dieu a choisi, celui dans lequel Dieu prend plaisir[11]. Ce que Jésus a décidé de faire, voilà ce que le Père approuve ; en effet, le Père l’a envoyé afin qu’il accepte de partager notre condition, notre pauvreté[12].  

 

De l’Évangile de Matthieu (3,13-17)

13 Venant de la Galilée, Jésus arrive au Jourdain, vers Jean, pour être baptisé par lui. 14 Jean n’est pas d’accord et lui disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens vers moi ? ».

15 Mais, répondant, Jésus lui dit : « Laisse faire maintenant : oui, c’est ainsi que nous devons faire toute justice ». Alors, (Jean) le laisse faire.

16 Dès que Jésus est baptisé, il sort de l’eau. Et voici : les cieux s’ouvrirent pour lui et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et voici qu’une voix venant des cieux disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. C’est lui que j’ai choisi avec joie ».

Acclamons la Parole de Dieu.

 

Prière d’ouverture

Seigneur, nous aussi nous attendons toujours

un sauveur puissant,

nous aussi nous mettons notre confiance

seulement dans les grands,

tandis que ton serviteur sera un ouvrier,

le fils d’un humble charpentier,

une personne parmi d’autres

qui se font baptiser par Jean.

Dieu, toi qui choisisses les faibles pour confondre les forts,

fais qu’au moins ton Église soit libérée

de la tentation de la puissance et de la grandeur. Amen[13].

[David Maria Turoldo: Italie, 1916-1992]

 

Prière des fidèles

* La page du prophète, Seigneur Dieu, nous indique le seul chemin vers l’avenir : la solidarité avec celui qui est comme le roseau courbé, la solidarité avec celle qui est comme la flamme qui devient faible. C’est le chemin que tu as indiqué pour ton serviteur, c’est le chemin que tu nous proposes. Aide-nous à le parcourir constamment.

* Le livre de la Sagesse nous a rappelé notre faiblesse, nos limites. Ta volonté, Seigneur, « qui l’aurait connue, si tu n’avais donné ta Sagesse, si tu n’avais envoyé d’en haut ton saint Esprit ? » Donne-nous, donc, ta Sagesse, ton Esprit, ta force, et nous pourrons discerner, jour après jour, ta volonté.

* La page des Actes nous a parlé de ton baptême, une expérience qui t’a poussé à faire du bien, constamment. Ton expérience du baptême n’a pas été l’expérience d’un moment isolé. Elle a marqué toute ta vie, t’a permis de reconnaître que Dieu était avec toi, toujours. Permets-nous, Seigneur, de vivre notre baptême un peu de la même façon.

* L’Évangile nous a surpris et surprises. Le Père, dans sa volonté vraiment déconcertante, t’a poussé à te mettre en chemin : en chemin parmi celles et ceux qui se rendent compte d’être loin de Dieu et de devoir s’éloigner de leurs fautes. Permets-nous, lorsque nous prenons conscience de nos fautes, de découvrir que tu es auprès de nous et que tu ne nous abandonnes pas.

  

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[1] Cf. P.-E. Bonnard, Le second Isaïe, son disciple et leurs éditeurs. Isaïe 40-66, Gabalda, Paris, 1972, p. 15ss.

[2] Cf. P.-E. Bonnard, Le second Isaïe, son disciple et leurs éditeurs. Isaïe 40-66, Gabalda, Paris, 1972, p. 127.

[3] Cf. D. Scaiola, Salmi in cammino, Edizioni Messaggero, Padova, 2015, p. 47.

[4] Cf. G. Ravasi, Il libro dei salmi. Commento e attualizzazione. Vol. I (Salmi 1-50), EDB, Bologna, 1985, p. 534s.

[5] Cf. E. Zenger, I Salmi. Preghiera e poesia. Vol. 3. Il tuo volto io cerco, Paideia, Brescia, 2016, p. 103

[6] Ainsi J.-L. Vesco, Le psautier de David traduit et commenté, Cerf, Paris, 2006, p. 285.

[7] Ainsi C.M. Martini, Atti degli apostoli. Versione, introduzione e note, Edizioni San Paolo, Cinisello Balsamo (Milano), 2019, p. 169.

[8] En grec, la forme verbale « échrisen », c’est-à-dire « a oint », rappelle le nom « Christ ».

[9] Ainsi Pape François, en commentant Mt 3,1-17 a l’ « Angelus », le 12 janvier 2014. Cf. Francesco, La sorpresa della fede. Il Vangelo di Matteo letto dal Papa, Castelvecchi, Roma, 2016, p. 41.

[10] Cf. D. R. A. Hare, Matteo, Claudiana, Torino, 2006, p. 34. Cf. aussi E. Cuvillier, Évangile selon Matthieu, dans Le Nouveau Testament commenté, sous la direction de C. Focant et D. Marguerat, Bayard – Labor et fides, Paris – Genève, 2012, p. 35.

[11] Cf. A. Graffy, Matteo 3,1-12.13-17, dans Matteo. Nuova traduzione ecumenica commentata, a cura di E. Borghi, Edizioni T6:51 PMerra Santa,  Milano, 2019, p. 56.

[12] Cette phrase est du Pape François dans le discours cité à la note 9.

[13] D. M. Turoldo – G. Ravasi, « Viviamo ogni anno l’attesa antica ». Tempo di avvento e di natale. Commento alle letture liturgiche, San Paolo, Cinisello Balsamo (Milano), 2002, p. 166.