Eucharistie: 1 février 2026

quatrième dimanche du temps ordinaire

 

Il nous encourage : il est à côté des pauvres quatrième dimanche du temps ordinaire

 

Première lecture

La première lecture est une page du prophète Sophonie, nom qui signifie « celui que Yahvéh cache et protège ». Ce prophète, dont la famille était – probablement – originaire de l’Éthiopie[1], est actif entre les années 639-609. Dans cette période, à Jérusalem le roi Josias, à travers une réforme religieuse, veut reconduire le peuple à une plus authentique fidélité envers Dieu. Et Sophonie s’engage, lui aussi, dans ce projet.

Le ‘petit’ livre de Sophonie se compose de trois parties.

Dans la première (1,2-2,3), le prophète annonce le jugement de Dieu sur les infidélités du royaume et de Jérusalem. Le ‘jour’ du Seigneur va arriver bientôt : d’ici l’appel dans le dernier verset de cette section : « Cherchez Yahvéh, vous tous les humbles de la terre, vous qui mettez en pratique le droit qu’il a établi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère de Yahvéh » (2,3)[2].

Dans la deuxième partie (2,4-3,8) qu’on ne lira pas ce matin, Sophonie exprime des jugements sur les pratiques inacceptables qui se réalisent dans des pays étrangers et aussi à Jérusalem.

Quant à la partie finale du livre (3,9-20), elle est structurée en trois moments : la conversion des peuples, la conversion d’Israël et, enfin, Jérusalem restaurée.

Et cette restauration est le thème de la partie finale de notre lecture.

Ici, Dieu va éliminer l’arrogance, l’exaltation et la méchanceté. C’est ainsi qu’Israël sera réduit à un reste, à un groupe de survivants : des personnes simples et pauvres (v. 12) qui s’engagent pour la justice et la vérité (v. 13). La sincérité entre les personnes permettra de vivre en sûreté et en paix, sans aucune peur[3].

 

Du livre du prophète Sophonie (2,3 et 3,12-13)

2,3 Cherchez Yahvéh, vous tous les humbles de la terre,

vous qui mettez en pratique le droit qu’il a établi.

Cherchez la justice,

cherchez l’humilité :

peut-être serez-vous à l’abri

au jour de la colère de Yahvéh.

3,12 Je laisserai au milieu de toi

uniquement les gens simples et pauvres,

et ils chercheront refuge dans le nom de Yahvéh.

13 Les survivants du peuple d’Israël

ne commettront plus d’injustice

et ne diront plus de mensonges,

et on ne trouvera plus dans leur bouche

une langue trompeuse.

Ils pourront manger et dormir

et personne ne leur fera peur.

Parole du Seigneur.

 

Psaume

Le livre des psaumes est une collection de poèmes composés à des époques différentes : à l’époque des rois, pendant l’exil à Babylone et après la rentrée des Juifs et la reconstruction de la ville et du temple de Jérusalem. Plus tard, au troisième et au deuxième siècle avant la naissance de Jésus, on arrive à la rédaction finale du psautier[4]. C’est à ce moment qu’on compose le psaume 146[5].

La structure de ce psaume est claire. Dans la première strophe (vv. 1-2), le poète dit sa volonté de louer Dieu, maintenant et pendant sa vie tout entière. En poursuivant son poème, l’auteur nous met devant un choix, le choix fondamental de notre vie : nous pouvons mettre notre confiance dans les puissants – des puissants qui ne peuvent pas nous sauver (vv. 3-4) – ou mettre notre confiance en Dieu (vv. 5-10).

Et, dans un instant, nous allons écouter comment notre poète nous présente cette seconde possibilité.

Elle s’ouvre avec un mot hébreu : « ’ashréi ». Derrière ce mot, il y a une racine qui signifie « marcher » et, en même temps, « joie »[6]. D’ici la traduction : « Heureux et en marche ». C’est la déclaration et l’invitation que le poète adresse à nous et à tout humain « qui a pour aide le Dieu de Jacob, et met son espoir dans Yahvéh son Dieu » (v. 5).

En poursuivant son poème, l’auteur nous dit pourquoi mettre notre confiance et notre espoir en Dieu. Dieu est le créateur de tout, il est celui qui prend soin de l’alliance qu’il a voulu faire avec son peuple. Mais il est aussi celui qui fait justice aux gens écrasés par la misère, et qui donne à manger à ceux qui ont faim.

Dans la strophe suivante, le poète a encore son regard fixé sur Dieu. « Yahvéh » – ce nom revient quatre fois – s’occupe des prisonniers, des aveugles, de ceux qui sont faibles, et de ceux qui lui obéissent.

La strophe finale (vv. 9-10) nous montre Dieu qui se met à côté des personnes qui n’ont aucune protection : il s’agit des étrangers, de la veuve et de l’orphelin. En intervenant comme protecteur de ces personnes, Dieu « fait échouer les projets des méchants ». C’est ainsi que Dieu se manifeste comme roi et « il règne pour toujours ». Enfin, après ce constat, le poète ne peut que nous inviter à louer Dieu. Mais, en terminant son poème, l’auteur n’utilise plus le mot « Yahvéh ». Il utilise le nom le plus familier, intime : « Yah ».

Quant à nous, devant ce roi qui protège les pauvres et toutes les personnes oubliées et menacées dans la société, nous pouvons intervenir à la fin de chaque strophe en disant :

Heureux et en marche, l’humain qui met son espoir dans Yahvéh le vrai roi.

 

Psaume 146 (versets 5-10)

5 Heureux et en marche, l’humain qui a pour aide le Dieu de Jacob,

et met son espoir dans Yahvéh son Dieu.

Refr. : Heureux et en marche, l’humain
qui met son espoir dans Yahvéh le vrai roi.

6 Yahvéh est celui qui a fait les cieux et la terre,
la mer et de tout ce qu’ils contiennent,
celui qui prend soin – pour toujours – de son alliance.
7 celui qui fait justice aux gens écrasés par la misère,
celui qui donne à manger à ceux qui ont faim.
Refr. : Heureux et en marche, l’humain
qui met son espoir dans Yahvéh le vrai roi.

Yahvéh libère les prisonniers,
8 Yahvéh ouvre les yeux des aveugles,
Yahvéh remet debout ceux qui sont faibles,
Yahvéh aime ceux qui lui obéissent.

Refr. : Heureux et en marche, l’humain
qui met son espoir dans Yahvéh le vrai roi.

9 Yahvéh prend soin des étrangers.
Il soutient la veuve et l’orphelin,
mais il fait échouer les projets des méchants.
10 Yahvéh règne pour toujours.
Il est ton Dieu, Sion, de génération en génération.
Louez Ya !
Refr. : Heureux et en marche, l’humain
qui met son espoir dans Yahvéh le vrai roi.

 

Deuxième lecture

Comme dans les deux derniers dimanches, la deuxième lecture revient sur la Première lettre de Paul aux Corinthiens. Dans la page de ce matin, Paul mentionne à ses destinataires les caractéristiques de leur communauté. Les Corinthiens ont « reçu l’appel de Dieu ». Et cet appel a donné origine à une communauté vraiment surprenante : en effet, en elle « il n’y a pas beaucoup de sages du point de vue humain, pas beaucoup de gens puissants, pas beaucoup de gens nés d’une famille noble » (v. 26).

Dans la suite du texte, Paul veut montrer que, à travers son choix, Dieu renverse tout ce qu’une société considère comme des valeurs : la sagesse, le pouvoir politique, la renommée sociale.

* Dieu choisit « ce qui semble fou dans le monde », c’est ainsi que la sagesse du monde perd son importance ;

* Dieu choisit ce qui est faible aux yeux du monde, c’est ainsi que ce qui est fort dans le monde n’a plus aucune valeur ;

* Dieu choisit ce qui est petit dans le monde, pour détruire ce que le monde estime important[7].

Mais pourquoi ces renversements ? Paul le dit en peu de mot : « pour que personne – on est chair et faiblesse – ne puisse se vanter devant lui » (v. 29). Et, pour compléter sa motivation, l’apôtre fait référence à une tradition qui remonte à Jérémie. Ce prophète invitait les Juifs à ne pas se vanter de leur sagesse, de leur force, de leur richesse. Et il concluait en disant : qui veut se vanter qu’il se vante du fait qu’il connaît et qu’il reconnaît que le Seigneur est miséricordieux (Jér 9,22-23)[8].

Et, pour ce qui est des chrétiens – à Corinthe comme à Bujumbura – il faut prendre conscience du fait que « c’est le Christ qui nous rend justes devant Dieu, nous permet de vivre pour Dieu et fait de nous une propriété qui appartient à Dieu (v. 30) »[9].

 

De la Première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1,26-31)

26 Frères et sœurs, regardez qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu. Parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages du point de vue humain, pas beaucoup de gens puissants, pas beaucoup de gens nés d’une famille noble.

27 Mais pour couvrir de honte les sages, Dieu a choisi ce qui semble fou dans le monde. Pour couvrir de honte ce qui est fort, Dieu a choisi ce qui est faible aux yeux du monde. 28 Pour détruire ce que le monde estime important, Dieu a choisi ce qui est petit dans le monde. Il a choisi ce qu’on méprise, ce qui n’est rien du tout. 29 Dieu a fait cela pour que personne – on est chair et faiblesse – ne puisse se vanter devant lui.

30 Dieu vous a unis au Christ Jésus, et le Christ est devenu pour nous la sagesse qui vient de Dieu. C’est le Christ qui nous rend justes devant Dieu, nous permet de vivre pour Dieu et fait de nous une propriété qui appartient à Dieu. 31 Par conséquent, comme le déclare l’Écriture : « Si quelqu’un veut se vanter, qu’il se vante de ce que le Seigneur a fait ».

Parole du Seigneur.

 

Alléluia. Alléluia.

Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux ! (Mt 5,12a)

Alléluia.

 

Évangile

Un demi-siècle après la mort de Jésus, Matthieu écrit son Évangile pour une communauté qui habite au nord de la vallée du Jourdan, en Syrie. Il s’agit d’une communauté mixte : des croyants d’origine juive, d’autres d’origine païenne.

A cette communauté, Matthieu présente le message de Jésus comme nouveau. Si Israël a le décalogue comme point de référence, les chrétiens ont Jésus. Si Moïse sur la montagne a reçu le décalogue, les ‘dix commandements’, Jésus sur la montagne annonce les béatitudes : elles sont, pour ainsi dire, le nouveau décalogue.

Les béatitudes ne sont pas de simples déclarations, comme si on disait : ces personnes sont heureuses. Les béatitudes sont aussi une exhortation à se comporter d’une certaine façon. Derrière le mot grec « makarioi », qui signifie « heureux », Matthieu reprend l’hébreu « ’ashréi » que nous avons rencontré dans le psaume, c’est à dire « heureux et en marche ». Au lieu de consoler les pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui sont doux, ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande[10], Jésus demande à ces personnes de poursuivre leur chemin avec constance.

En présentant les béatitudes, Matthieu ne se limite pas à raconter ce que Jésus, cinquante ans auparavant, avait pu dire. Tout en restant fidèle au message de Jésus, Matthieu veut aussi en montrer les conséquences pour son temps. C’est ainsi que, à propos des pauvres auxquels Jésus s’adressait, Matthieu pense aussi à ceux et celles qui sont marqué(e)s, dans leur chair, par la perte des leurs, par leur façon de vivre et par le rejet de leur entourage[11].

Et pour ce qui est des dernières phrases, Matthieu a devant ses yeux des chrétiens d’origine juive qui sont refusés par les autorités juives. Mais il s’adresse aussi à des chrétiens issus du paganisme. Eux aussi sont marginalisés et parfois aussi envoyés en exil.

Écoutons attentivement ces béatitudes : chacune et chacun de nous pourra se sentir concerné(e) par l’une ou l’autre de ces promesses[12] et exhortations.

 

De l’Évangile de Matthieu (5,1-12)

1 Voyant les foules, Jésus monte sur la montagne. Il s’assoit et ses disciples viennent auprès de lui. 2 Et, prenant la parole, il les enseigne en disant :

3 « Heureux et en marche les pauvres à bout de souffle, car le Royaume des cieux est à eux.

4 Heureux et en marche ceux qui pleurent, car Dieu les consolera !

5 Heureux et en marche ceux qui sont doux, car ils recevront la terre comme un don de Dieu !

6 Heureux et en marche ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande, car Dieu les rassasiera !

7 Heureux et en marche ceux qui sont compatissants, car Dieu sera compatissant envers eux !

8 Heureux et en marche ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

9 Heureux et en marche les artisans de paix, car Dieu les appellera ses fils !

10 Heureux et en marche ceux qui sont persécutés parce qu’ils agissent comme Dieu le demande, car le Royaume des cieux est à eux.

11 Heureux et en marche, vous, quand on vous insulte, quand on vous persécute, quand on dit contre vous toutes sortes de mauvaises paroles et de mensonges parce que vous croyez en moi. 12 Soyez dans la joie, soyez heureux, car une grande récompense vous attend dans les cieux ! En effet, c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont vécu avant vous ».

Acclamons la Parole de Dieu.

 

Prière d’ouverture


Seigneur, tu es un Dieu qui aime la vie :

tu nous aimes intensément comme personne ne peut nous aimer,

personne ne prend soin de nous comme toi tu le fais,

Comme tu as pris soin d’Israël, Seigneur,

ainsi tu feras avec l’Israël nouveau,

ainsi tu feras avec l’humanité entière.

Non, nous ne serons pas perdus pour toujours !

(David Maria Turoldo, prêtre et poète, Italie, 1916-1992)[13]

 

Prière des fidèles
  • Le message du prophète Sophonie a été très clair : il nous a annoncé l’Israël nouveau : des personnes « simples et pauvres », des personnes qui « ne commettront plus d’injustice et ne diront plus de mensonges ». Que ce message du prophète puisse se réaliser aussi dans notre communauté. Nous te prions.
  • Le poète du Psaume nous a encouragé(e)s. Il nous a paré de toi, Seigneur, toi qui libères « les prisonniers », toi qui ouvres « les yeux des aveugles », toi qui remets debout « ceux qui sont faibles » et qui aiment ceux qui t’obéissent. Que ces paroles du poète puissent nous rendre « heureux et en marche », nous qui mettons notre espoir en toi, notre Dieu. Nous te prions ».
  • Le message que l’apôtre a adressé à la communauté de Corinthe vaut aussi pour notre communauté : « Dieu vous a unis au Christ Jésus, et le Christ est devenu pour nous la sagesse qui vient de Dieu. C’est le Christ qui nous rend justes devant Dieu, nous permet de vivre pour Dieu. Que le Christ puisse faire « de nous une propriété qui appartient à Dieu ». Nous te prions ».
  • Jésus qui es notre frère, après avoir écouté tes paroles, nous ne pouvons que nous réjouir et nous mettre en marche. Même si nous sommes « à bout de souffle », même si – en secret – nous pleurons, toi, Seigneur Dieu, tu nous consoleras. Fais de nous des femmes et des hommes « doux », des « compatissants », des « artisans de paix dans notre vie de tous les jours. Nous te prions.

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[1] Cf. Soph 1,1 où le prophète est présenté comme « fils de Koushi », c’est-à-dire « fils de l’Ethiopien ».

[2] Pour la relation entre Soph 2,12 et Soph 3,12, cf. H. Irsigler, Zefanja, Herder, Freiburg . Basel . Wien, 2002, p. 205.

[3] Cf. G. Savoca, Abdia, Naum, Abacuc, Sofonia. Nuova versione, introduzione e commento, Paoline, Milano, 2006, p. 173.

[4] Pour les différentes étapes de la rédaction du psautier, cf. E. Zenger, Il libro dei Salmi, dans E. Zenger (ed.), Introduzione all’Antico Testamento, Queriniana, Brescia, 2008, p. 551s.

[5] Cf. F.-L. Hossfeld – E. Zenger, Psalmen 101-150, Herder, Freiburg – Basel – Wien, 2008, p. 25s. Cf. aussi G. Ravasi, Il libro dei salmi. Commento e attualizzazione. Vol. III (Salmi 101-150), EDB, Bologna, 2015, p. 932.

[6] Cf. la voix « ’shr » dans L. Alonso Schökel (director), Diccionario bíblico hebreo-español, Editorial Trotta, Madrid, 1994, p. 94. Cf. aussi H. Cazelles, « ’asrê » dans Grande lessico dell’Antico Testamento, a cura di G. J. Botterweck, H. Ringgren e H.-J. Fabry, Paideia, Brescia, 1988, coll. 967-976.

[7] H. Conzelmann, Der erste Brief an die Korinther, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 1969, p. 66.

[8] Pour cette référence à Jérémie (et aussi à 1 Rois 2,10) à travers la tradition orale, cf. G. Barbaglio, La prima lettera ai Corinzi. Introduzione, versione e commento, EDB, Bologna, 1995, p. 151s.

[9] Pour cette signification du mot grec « apolutrôsis », cf. G. Barbaglio, La prima lettera ai Corinzi. Introduzione, versione e commento, EDB, Bologna, 1995, p. 151.

[10] Pour cette interprétation de l’expression grecque « qui ont faim et soif de justice », cf. S. Grasso, Il Vangelo di Matteo. Commento esegetico e teologico, Città Nuova Editrice, Roma, 2014, p. 148s.

[11] Ainsi A. Myre, Évangile selon Matthieu, dans La Bible, Bayard – Médiaspaul, Paris – Montréal, 2001, p. 2994.

[12] Cf. ZeBible. L’autre expérience. Ancien et Nouveau Testament, Société biblique française – Bibli’O, Villiers-le-Bel, 2011, p. 1680.

[13] D. M. Turoldo – G. Ravasi, “Nella tua luce vediamo la luce”. Tempo ordinario, solennità del Signor, feste dei santi. Commento alle letture liturgiche. San Paolo, Cinisello Balsamo (Milano), 2004, p. 25.