Eucharistie: 8 février 2026
5ème dimanche du Temps Ordinaire — Année A
Fais en morceaux ton pain… et tu seras lumière
Première lecture
La première lecture de ce matin est une page d’un prophète sans nom, une page qu’on a conservée dans le livre d’Isaïe.
Après l’exil à Babylone, le peuple imagine que Dieu exige des pratiques rituelles et des jeûnes[1]. Mais Dieu n’a pas besoin de ça. Dieu – à travers le prophète – nous demande de prendre soin des personnes marginalisées, celles qui ont faim, celles qui sont sans abri, celles qui sont accusées injustement et écrasées par la corruption des hommes au pouvoir. Oui, Dieu nous demande d’ouvrir nos yeux sur ces personnes. En effet, nous dit le prophète, elles sont « ta chair » (v. 7), faiblesse comme toi.
Et si tu prends soin de ces personnes, « si tu offres ta vie à l’affamé, et si tu rassasies la vie de l’indigent » (v. 10), le Seigneur rassasiera ta vie. « Il rassasiera ta vie même dans des lieux arides » (v. 11) et dans ta détresse ; et « ta blessure ne tardera pas à se cicatriser » (v. 8).
La présence du Seigneur auprès de toi sera comme celle qui a accompagné le peuple à la sortie de l’esclavage. Il y aura un nouvel exode, un cortège ouvert par « ta justice », un cortège auquel Dieu lui-même participera : il « fermera la marche derrière toi » (v. 8).
Quant à toi, tu deviendras lumière : « ta lumière jaillira comme l’aurore » (v. 8), « ta lumière se lèvera sur les ténèbres » (v. 10). Et ta lumière, ton engagement pour la justice, donnera du courage aussi aux autres. En poursuivant son poème, le prophète dira : « Grâce à toi, on rebâtira les dévastations du passé » (v. 12) et tout ce que la guerre et la violence ont détruit, à Jérusalem comme ici chez nous. Une reconstruction, à travers ta justice et loin de la corruption et de ses chaînes, « pour rendre le pays habitable » (v. 12).
Du livre du prophète Isaïe (58,7-10)
Ainsi parle le Seigneur :
(Voici le jeûne que j’aime 🙂
7 c’est faire en morceaux ton pain avec celui qui a faim,
faire venir à ta maison les pauvres sans foyer,
habiller ceux qui n’ont pas de vêtements.
C’est ne pas te détourner de celui qui est ta chair, ton frère.
8 Alors ta lumière jaillira comme l’aurore,
et ta blessure ne tardera pas à se cicatriser.
Ta justice marchera devant toi
et la gloire de Yahvéh
fermera la marche derrière toi.
9 Alors tu appelleras et Yahvéh répondra,
tu crieras au secours et il dira : « Me voici ! ».
Si tu fais disparaître de ton pays
le joug qui pèse sur les autres,
les gestes de menace et les paroles blessantes,
10 si tu offres ta vie à l’affamé,
et si tu rassasies la vie de l’indigent,
alors ta lumière se lèvera sur les ténèbres,
et ton obscurité sera comme le midi.
Parole du Seigneur.
Psaume
Le psaume 112 est un psaume ‘alphabétique’. En effet, la première ligne commence par la première lettre de l’alphabet, la deuxième ligne avec la deuxième lettre, et ainsi jusqu’à la fin du poème et de l’alphabet. Pourquoi cette structure ? Le motif est simple : le poète a besoin de tout l’alphabet pour nous montrer que le monde, tel qu’il est, peut être transformé par ceux et celles qui s’engagent pour la justice et la solidarité avec les marginaux.
La structure du psaume est claire : nous avons quatre strophes[2]. La première et la quatrième se correspondent. La première (vv. 1-3) nous présente l’avenir de celui qui respecte Dieu : celui qui prend plaisir à vivre les commandements de Dieu, s’engage pour une justice qui subsistera pour toujours. La quatrième strophe (v. 10) nous met devant les yeux l’avenir qui attend le méchant. Ses désirs ne mènent à rien : en effet, « les désirs des méchants disparaîtront en fumée ».
Ces deux strophes, nous ne les lirons pas ce matin. Nous allons nous arrêter sur les deux strophes centrales.
Une strophe (vv. 4-6) nous donne le portrait de celui qui respecte Dieu : il est l’image vivante de Dieu à l’intérieur de son quartier[3]. En effet, il est plein de pitié et miséricordieux (v. 4) : deux mots que la Bible hébraïque utilise toujours pour parler de Dieu et que seulement ici sont appliqués à un homme, le juste. La strophe souligne aussi qu’est-ce que piété et miséricorde : c’est ouverture aux pauvres, en leur faisant des prêts sans intérêt. En temps de crise et quand tout est obscur, celui qui agit ainsi « est une lumière », un signe d’espoir pour les gens droits.
L’autre strophe (vv. 7-9) souligne la solidité et la constance du juste. Son cœur, c’est-à-dire son regard sur la vie et ses décisions, « son cœur est ferme, solide est son cœur » (vv. 7-8). Sa générosité et son ouverture aux pauvres sont constantes. Et même dans un milieu hostile, il garde sa sérénité, une sérénité qui a ses racines dans le Seigneur : en effet, « sa confiance est dans Yahvéh ».
Ce psaume n’est pas une prière adressée à Dieu ; c’est une page qui nous apprend à vivre[4] et qui nous demande de nous comporter un peu comme Dieu. En effet, celle ou celui qui veut être fidèle à Dieu, « il est plein de pitié, il est miséricordieux et juste » (v. 4). Et dans les quartiers dominés par l’injustice et les ténèbres, il devient un signe d’espoir. Voilà donc notre refrain à la fin de chaque strophe :
Refr. : Quand tout est obscur, le juste nous encourage,
il est une lumière qui se lève pour les gens droits.
Psaume 112 (vv. 4-6 et 7-9)
4 Quand tout est obscur,
l’homme qui respecte Yahvéh est une lumière
qui se lève pour les gens droits :
il est plein de pitié, il est miséricordieux et juste.
5 Bon est l’homme plein de pitié et qui prête sans intérêt,
qui règle ses affaires selon le droit !
6 Il ne vacillera pas, pour toujours,
il restera toujours dans la mémoire, le juste.
Refr. : Quand tout est obscur, le juste nous encourage,
il est une lumière qui se lève pour les gens droits.
7 D’une mauvaise nouvelle il n’a pas peur,
son cœur est ferme, sa confiance est dans Yahvéh.
8 Solide est son cœur,
il n’a pas de crainte quand il regarde ses adversaires.
9 Il est généreux, il donne aux pauvres,
sa justice subsiste à jamais,
son front se lève avec fierté.
Refr. : Quand tout est obscur, le juste nous encourage,
il est une lumière qui se lève pour les gens droits.
Deuxième lecture
Comme dans les dimanches passés, la deuxième lecture de ce matin est une page de la Première lettre de Paul à la communauté de Corinthe. Dans cette page, Paul rappelle son arrivée à Corinthe et le message qu’il a apporté : Paul a annoncé « le projet caché de Dieu ». Et ce projet caché, Dieu l’a manifesté concrètement, dans un homme : Jésus, le Christ, celui que Dieu a choisi et « oint » – c’est la signification du mot grec « Christ » – comme son messager.
Le projet de Dieu est un projet puissant et généreux : le projet de sauver tous les humains. Mais, aux yeux des humains, ce projet manifeste l’impuissance de Dieu, la folie de Dieu[5] : la mort sur la croix. Voilà le projet caché, littéralement le « mystère » que Paul a porté à Corinthe.
Et Paul, en annonçant ce projet inimaginable de Dieu, s’est laissé prendre totalement : « au milieu de vous, je n’ai rien voulu connaître, sinon Jésus Christ et, plus précisément, Jésus Christ crucifié » (v. 2). Ce projet a changé la vie de l’apôtre. Au lieu de parler avec des paroles compliquées et de se montrer comme un maître de sagesse, Paul a accepté sa condition de faiblesse : « j’avais peur, je tremblais », nous dit-il au verset 3.
Mais le résultat de son travail à Corinthe a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer : « c’est la puissance de l’Esprit Saint qui apparaissait clairement dans ce que je disais » (v. 4). La conséquence, pour les chrétiens de Corinthe et aussi pour nous, est évidente : la foi n’est pas une forme de sagesse humaine. Notre foi va bien au-delà de cette sagesse : la foi c’est s’ouvrir à la puissance de Dieu. Le message de Paul nous encourage : nous accepter dans notre faiblesse et mettre notre confiance, notre foi, en Dieu. C’est lui qui peut nous orienter et nous accompagner dans notre vie, comme il a orienté et accompagné son Fils même dans la situation la plus terrible : la mort sur la croix.
Écoutons.
De la Première lettre de Paul aux Corinthiens (2,1-5)
1 Moi-même, frères et sœurs chrétiens, quand je suis venu chez vous, je suis venu pour vous annoncer le projet caché de Dieu. Mais je n’ai pas utilisé des paroles compliquées ni le prestige de la sagesse.
2 En effet, au milieu de vous, je n’ai rien voulu connaître, sinon Jésus Christ et, plus précisément, Jésus Christ crucifié.
3 Moi-même, devant vous, j’étais faible, j’avais peur, je tremblais.
4 Ma parole et ma proclamation de l’Évangile n’avaient rien à voir avec les discours convaincants de la sagesse humaine. Mais c’est la puissance de l’Esprit Saint qui apparaissait clairement dans ce que je disais.
5 Ainsi votre foi ne peut pas s’appuyer sur la sagesse humaine, mais sur la puissance de Dieu.
Parole du Seigneur.
Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis la lumière du monde, dit le Seigneur.
Celui qui me suit aura la lumière de la vie (Jn 8,12).
Alléluia.
Évangile
La semaine passée nous avons écouté les béatitudes, l’invitation à nous mettre en chemin – dans notre pauvreté et fréquemment aussi dans les larmes – pour vivre la douceur, l’attachement à la justice, l’engagement pour la paix. Et ce matin, le discours de Jésus continue. Il nous dit qui nous sommes et qui nous devons être : sel de la terre et lumière du monde.
En effet, dans un monde dominé par la violence, dans un monde où nombreux sont ceux qui perdent le goût et le sens de la vie, nous sommes invité(e)s à être le sel qui permet – à nous et aux autres – de découvrir et de goûter le sens de la vie, au lieu de céder à la résignation et au désespoir.
A travers nos « belles œuvres », à travers notre disponibilité à partager avec les autres la fatigue et l’espoir, nous sommes invité(e)s à être lumière. Et, à côté de nous, des personnes pourront peut-être – à notre insu – se sentir encouragées. Elles pourront voir la vie et le monde avec d’autres yeux ; elles pourront peut-être regarder à Dieu comme à un papa[6]. C’est ce que Jésus nous dit dans le dernier verset : « les autres verront les belles œuvres que vous faites. Et ils pourront chanter la gloire de votre Père qui est dans les cieux ».
Écoutons cette page de l’Évangile.
De l’Évangile de Matthieu (5,13-16)
Jésus disait à ses disciples :
« 13 Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, comment lui rendre son bon goût ? Il ne sert plus à rien. On le jette dehors et il est foulé aux pieds par les gens.
14 Vous êtes la lumière du monde. Quand une ville est construite sur une montagne, elle ne peut pas être cachée. 15 Et quand on allume une lampe, ce n’est pas pour la mettre sous un seau ! Au contraire, on la met bien en haut, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. 16 De la même façon, que votre lumière brille devant tout le monde. Alors les autres verront les belles œuvres que vous faites. Et ils pourront chanter la gloire de votre Père qui est dans les cieux ».
Acclamons la Parole de Dieu.
Prière d’ouverture
Jésus, toi qui es l’étoile lumineuse du matin,
toi qui brilles depuis l’aube du monde,
toi, lumière mystérieuse venue de Dieu,
donne-nous la force d’être, nous aussi,
des fils et des filles de la lumière.
C’est ainsi que nous pourrons te révéler
et illuminer les ténèbres
qui sont installées dans le cœur des humains.
Amen[7].
Prières des fidèles
* La première lecture nous encourage. En effet, le prophète nous a vraiment frappé(e)s avec son invitation à « faire en morceaux » notre pain avec celui qui a faim. C’est ça le vrai jeûne, le jeûne que tu aimes, Seigneur. Aide-nous à vivre ainsi nos jours. C’est seulement ainsi que nous pourrons être, chacune et chacun à sa façon, une lumière qui casse les ténèbres qui nous entourent.
* Le psaume parle de celui qui est plein de pitié et miséricordieux. Voilà celui que le poète déclare heureux et invite à poursuivre son chemin. Ailleurs ces mots « plein de pitié et miséricordieux » la Bible hébraïque les utilise seulement pour parler de Dieu. Père, permets-nous l’impossible, de nous comporter – au moins un peu – comme toi.
* La parole de Paul est une parole importante : en effet, l’apôtre est venu pour annoncer « le projet caché de Dieu », un projet totalement inimaginable que Jésus a révélé aussi dans la mort que des humains lui ont imposée. Que ce projet – un Dieu qui nous est proche et nous aime même dans les moments les plus difficiles et les plus douloureux – puisse être accueilli dans la joie.
* Seigneur Jésus, tu nous demandes d’être « la lumière du monde » ou, au moins, une lampe qui « brille pour tous ceux qui sont dans la maison ». C’est une tâche immense ! Donne-nous au moins la force d’accomplir de « belles œuvres ». C’est ainsi qu’on pourra – tous et toutes ensemble – chanter la gloire de notre Père, parce que toute belle action a sa source en lui.
[1] Cf. P.-E. Bonnard, Le second Isaïe, son disciple et leurs éditeurs. Isaïe 40-66, Gabalda, Paris, 1972, p. 371ss.
[2] Cf. E. Zenger, Psalm 112, dans F.-L. Hossfeld – E. Zenger, Psalmen 101-150, Herder, Freiburg – Basel – Wien, 2008, p. 239.
[3] Cf. E. Zenger, Psalm 112, dans F.-L. Hossfeld – E. Zenger, Psalmen 101-150, Herder, Freiburg – Basel – Wien, 2008, p. 240.
[4] Cf. B. Maggioni, Davanti a Dio. I salmi 76-150, Vita e pensiero, Milano, 2002, p. 171.
[5] Cf. G. Barbaglio, La prima lettera ai Corinzi. Introduzione, versione e commento, EDB, Bologna, 1995, p. 154.
[6] S. Grasso, Il Vangelo di Matteo. Commento esegetico e teologico, Città Nuova Editrice, Roma, 2014, p. 158.
[7] D. M. Turoldo – G. Ravasi, « Lungo i fiumi ». I Salmi. Traduzione poetica e commento, San Paolo, Cinisello Balsamo (Milano) 1987, p. 387.
