Pâques, 5 avril 2026
« Dieu vous a ressuscités avec le Christ » (Col 3,1)
Première lecture
Après avoir écrit son Evangile, Luc va poursuivre sa narration en écrivant les Actes des apôtres. Dans ce second livre, Luc nous montre comment le message concernant Jésus va arriver aux païens. Dans cette démarche, un rôle important est joué par deux personnes : parmi les apôtres Pierre, parmi les païens l’officier romain Cornelius. C’est Dieu qui pousse les deux à franchir les barrières qui les séparent et à se rencontrer. Et, au moment de la rencontre, Pierre trace les lignes fondamentales du message chrétien.
Il y a d’abord un présupposé fondamental (vv. 34-35). Pour accueillir le message du salut, il faut une ouverture religieuse à Dieu : il faut le reconnaître comme le vrai Dieu, lui rendre honneur en suivant sa propre conscience[1] et en se comportant avec justice.
Il y a ensuite un rapide aperçu de la vie de Jésus (vv. 36-41) : l’activité en Galilée, l’activité et la mort à Jérusalem, la résurrection et les apparitions pascales. Dans ces quatre étapes, Jésus est « la parole » (v. 36) de Dieu, « l’événement » (v. 37). Quant à la bonne nouvelle annoncée par Jésus, elle n’est pas l’annonce d’un châtiment, elle est « la bonne nouvelle de la paix » (v. 36).
Il y a enfin la conséquence (vv. 42-43) : le fait d’avoir – dans un repas très familier et intime[2] – rencontré Jésus après sa résurrection pousse ses disciples à annoncer au monde le pardon : nous pouvons avoir confiance en Dieu, Dieu est celui qui pardonne nos égarements.
Des Actes des apôtres (10,34-43)
34 Pierre, ouvrant la bouche, dit : « En vérité, je me rends compte que Dieu est impartial : 35 en toute nation, quiconque le respecte et pratique la justice trouve accueil auprès de lui.
36 La parole, il l’a envoyée aux Israélites : la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous les humains. 37 Vous savez. L’événement est arrivé à la Judée tout entière : il a commencé par la Galilée, après le baptême que Jean proclamait ; 38 ce Jésus issu de Nazareth, vous savez comment Dieu lui a conféré l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux que le diviseur, le diable, tenait asservis. Oui, Dieu était avec lui. 39 Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs comme à Jérusalem, lui qu’ils ont supprimé l’ayant suspendu au bois. 40 Celui-ci, Dieu l’a réveillé le troisième jour et il lui a donné de manifester sa présence, 41 non pas au peuple en général, mais bien à des témoins choisis d’avance par Dieu, à nous qui avons mangé avec lui et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts.
42 Et il nous a prescrit de proclamer au peuple et de porter ce témoignage : c’est lui que Dieu a désigné comme juge des vivants et des morts. 43 C’est à lui que tous les prophètes rendent le témoignage que voici : toute personne qui met en lui sa confiance reçoit – par son nom – le pardon de ses égarements ».
Parole du Seigneur
Psaume
Le psaume 118 est, probablement, une composition du quatrième siècle avant la naissance de Jésus. Il s’agit d’un poème composé par un des chanteurs du temple de Jérusalem. Il est structuré en trois parties[3].
Dans la première (vv. 1-4), le poète prend la parole et adresse une invitation à tout le monde. Israël, les prêtres, donc « la maison d’Aaron », et aussi tous les fidèles sont invités à célébrer Dieu car « pour toujours est son amour ».
Dans la deuxième partie (vv. 5-18), plusieurs voix interviennent[4]. Il y a un individu qui raconte son expérience de souffrance : il se trouvait dans un danger mortel, une situation sans issue, mais Dieu est intervenu et l’a libéré. A cette narration, « dans les tentes des justes », donc dans les foyers de la ville sainte, les fidèles réagissent : ils chantent l’œuvre que Dieu accomplit avec sa « main droite », la main qui sauve. Et cette partie se termine avec une nouvelle intervention de l’individu sauvé : désormais, il veut vivre pour raconter « les œuvres de Yah ». Et « Yah » est un terme très intime et familier pour parler de Dieu.
Il y a, enfin, la troisième partie (vv. 19-29). Celui qui a été libéré par le Seigneur entre dans le temple. Les prêtres et l’assemblée réagissent. Les prêtres commentent l’expérience de la libération à travers un petit récit, le récit de la pierre : une pierre, qui avait été mise à côté, a été ensuite utilisée comme la pierre la plus importante dans une construction. Les fidèles aussi interviennent en voyant dans cette expérience « l’œuvre de Yahvéh » et le « jour » de son intervention.
Ecoutons, de ce psaume, l’exhortation initiale, ensuite – dans la deuxième partie – les acclamations des fidèles et la décision prise par l’individu sauvé ; enfin – dans la troisième partie – la réaction du prêtre et des fidèles. A la fin de chaque partie, je vous invite à intervenir personnellement avec le refrain :
Voici le jour que le Seigneur a fait,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
C’est la déclaration des fidèles dans la troisième partie du poème (v. 24)
Psaume 118 (versets 1-4. 15-17 et 22-23)
1 Rendez grâce à Yahvéh, car il est bon,
oui, pour toujours est son amour !
2 Qu’il le dise, Israël :
« Oui, pour toujours est son amour ! »
3 Qu’elle le dise, la maison d’Aaron,
« Oui, pour toujours est son amour ! »
4 Qu’ils le disent, ceux qui aiment Yahvéh :
« Oui, pour toujours est son amour ! »
Refr. : Voici le jour que le Seigneur a fait,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
15 Des cris de joie et de salut dans les tentes des justes :
« La (main) droite de Yahvéh œuvre en puissance,
16 la (main) droite de Yahvéh s’élève,
la (main) droite de Yahvéh œuvre avec vigueur ».
17 Non, je ne mourrai pas, je vivrai
et je raconterai les œuvres de Yah.
Refr. : Voici le jour que le Seigneur a fait,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
22 La pierre que les maçons avaient rejetée
est devenue la pierre principale (de la maison).
23 C’est là l’œuvre de Yahvéh,
c’est une merveille à nos yeux.
Refr. : Voici le jour que le Seigneur a fait,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
Deuxième lecture
Colosses était une ville dans l’actuelle Turquie sud-occidentale. Et c’est Epaphras, Colossien d’origine, « cher compagnon de service » (1,7) à côté de Paul, c’est Epaphras « serviteur du Christ » (4,12), qui a apporté le message de Jésus à Colosses. Et le résultat de cette annonce est là. Paul peut dire aux Colossiens : « Epaphras nous a décrit de quel amour l’Esprit vous anime » (1,8).
La lettre aux Colossiens, écrite par Paul ou par un de ses collaborateurs, date probablement des années 61-63. Par rapport aux lettres antérieures de Paul, ici l’auteur souligne le changement profond qui s’accomplit au moment du baptême : « ensevelis avec le Christ dans le baptême, vous avez été ressuscités en lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts. Et vous, qui étiez morts à cause de vos fautes, Dieu vous a fait revivre avec lui ! Il nous a pardonné toutes nos fautes » (2,12-13).
Cette conception du baptême comme participation – dès maintenant ! – à la condition de ressuscité(e)s retentit aussi dans le petit texte que nous allons écouter. Mais ici avec deux conséquences : « recherchez les choses d’en haut » et « songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre » (v. 1-2). Et les choses de la terre – comme l’auteur l’expliquera dans la suite du chapitre – c’est la colère, le mensonge, les préjugés liés à l’ethnie grecque ou juive. A la place de ces mauvais comportements, il faut s’engager dans une tendresse généreuse, la douceur, la patience, la tolérance, le pardon, et « l’amour, qui est le lien parfait » (3,14).
De la lettre aux Colossiens (3,1-4)
1 Si donc Dieu vous a ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. 2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. 3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu : 4 quand le Christ – lui qui est votre vie – sera manifesté, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui en pleine gloire.
Parole du Seigneur
SÉQUENCE (un chant composé par un moine du XI siècle)
À la Victime pascale,
chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux,
prends-nous tous en pitié !
Amen.
Alléluia. Alléluia.
Notre Pâque immolée, c’est le Christ !
Célébrons la Fête dans le Seigneur ! (cf. 1 Cor 5,7b-8a)
Alléluia.
Evangile
L’Évangile de Jean nous raconte la ‘semaine sainte’ à partir de « six jours avant la Pâque » (12,1). Et la page de ce matin commence avec les mots « le premier jour de la semaine ». Sept jours sont donc passés, et nous sommes au huitième, un chiffre qui évoque l’idée de plénitude, de nouveauté[5]. Et pourtant, nous dit le narrateur, « encore la ténèbre » (v. 1).
Et Marie se rend au tombeau sans se rendre compte que le jour nouveau a déjà commencé[6]. En effet, la pierre du tombeau est « enlevée, définitivement » (v. 1). Mais ce fait n’encourage pas Marie Madeleine. Elle pense que des gens ont pris le corps de Jésus « et nous ne savons pas où ils l’ont mis » (v. 2). Et, prise par l’angoisse, la femme court chez « Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait »[7], pour leur dire sa profonde tristesse.
La suite du récit s’arrête sur Pierre et l’autre disciple. Eux aussi, ils courent, l’un plus rapidement que l’autre. Devant le tombeau, l’autre disciple attend Pierre. C’est Pierre qui entre en premier : il voit les bandes de tissu posées par terre, il voit le linge qu’on avait mis sur la tête de Jésus. Il est enroulé à part. L’ordre qui règne dans le tombeau exclut un vol ou un déplacement précipité. Le soupçon formulé par Marie n’a donc aucun fondement. Voilà ce que Pierre constate. Il constate les faits mais, un peu comme Marie Madeleine, il ne sait pas les interpréter comme des signes de la résurrection[8].
Devant les bandes de tissu et le linge déjà mentionnés pour la résurrection de Lazare (11,44), seulement le disciple aimé est capable de voire et, en même temps, de croire (v. 8). En effet, Jésus, qui avait ordonné de libérer Lazare des signes de la mort, n’a pas besoin d’un acteur humain pour se libérer de ces mêmes signes[9]. Et le disciple aimé, celui qui est plus intimement lié à Jésus et l’a suivi jusqu’au Calvaire, est le premier à croire[10].
Un dernier détail. Après avoir évoqué la foi du disciple aimé, le narrateur nous renvoie à l’Écriture selon laquelle Jésus « doit ressusciter d’entre les morts » (v. 9). Et ici le verbe « doit », au présent, ne fait pas partie de la narration. Il nous interpelle personnellement. La résurrection fait partie du plan de Dieu. Et la lecture, une lecture attentive de l’Écriture, nous aide à croire et à grandir dans la foi.
De l’Evangile de Jean (20,1-9)
1 Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine vient au tombeau. C’est très tôt, encore la ténèbre. Et elle voit la pierre enlevée – définitivement – du tombeau. 2 Alors elle court et vient chez Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait. Elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas où ils l’ont mis ! »
3 Pierre sortit donc, ainsi que l’autre disciple, et ils allaient au tombeau. 4 Ils couraient tous deux ensemble. Mais l’autre disciple courut devant, plus vite que Pierre, et il arriva le premier au tombeau ; 5 et, se penchant, il voit les bandes de tissu posées là, par terre. Pourtant il n’entra pas. 6 Vient donc aussi Simon Pierre qui le suivait et il entra dans le tombeau. Et il regarde les bandes de tissu posées par terre. 7 Il regarde aussi le linge qu’on avait mis sur la tête de Jésus. Ce linge n’est pas posé avec les bandes de tissu, il est enroulé à part, dans un autre endroit. 8 Alors donc entra aussi l’autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau : il voit et il croit. 9 En effet, les disciples n’avaient pas encore compris l’Ecriture selon laquelle lui, il doit ressusciter d’entre les morts.
Acclamons la Parole de Dieu.
Prière d’ouverture
Je pense à toi, le jour, la nuit.
Et c’est ta main qui me conduit, ô Seigneur !
Préserve-moi de tout faux pas.
Mon cœur ne veut servir que toi, ô Seigneur !
Sur toi les yeux toujours fixés,
je chante et je marche en sûreté, ô Seigneur !
Que peut la mort pour m’engloutir ?
Car du tombeau je dois surgir, ô Seigneur !
Devant ta Face il n’est que joie,
joie débordante auprès de toi, ô Seigneur !
[Negro spiritual[11]]
Prière des fidèles
* Le discours de Pierre a souligné que la bonne nouvelle est « la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ ». Aide-nous, Seigneur, à nous engager pour la paix dans nos quartiers, pour pouvoir rencontrer, dès aujourd’hui, le Christ ressuscité.
* Dans le psaume, nous avons entendu : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai et je raconterai les œuvres de Yah ». Donne-nous la force, Seigneur, de regarder la mort – et notre mort – avec confiance.
* La lettre aux Colossiens nous invite à comprendre notre vie d’une façon nouvelle. Nous sommes déjà, en quelque sorte, dans l’avenir de Dieu, dans la résurrection. Mais cela doit se voir dans notre comportement, dans notre façon de vivre avec les autres. Aide-nous, Seigneur, à vivre de cette manière la résurrection.
* Pour nous, aujourd’hui, c’est « encore la ténèbre », comme pour Marie Madeleine. Le fait que Jésus n’est plus dans son tombeau ni dans aucun autre endroit, ne nous suffit pas pour croire. Que la parole de l’Écriture nous aide à croire, à accueillir ce que tu avais projeté, Seigneur : la résurrection de Jésus et, un jour, la nôtre aussi.
Prière finale
Toi qui es Dieu,
Tu es devenu un pauvre homme.
Comme nous, Tu as eu faim et soif,
comme nous, Tu as eu peur et tu as pleuré,
comme nous, Tu es mort.
Ton pauvre corps a été mis dans une tombe
comme le sera le nôtre,
et tu en es sorti transfiguré
comme nous en sortirons un jour.
Mon bien aimé, avec Toi la mort est belle,
la résurrection nous attend. Merci[12].
[Sœur Emmanuelle, surnommée « petite sœur des pauvres » : 1908-2008]
[1] Avec ces mots, le cardinal Martini commentait la tournure grecque « craindre Dieu ». du verset 35. Cf. Atti degli apostoli. Versione, introduzione e note di C. M. Martini, Edizioni San Paolo, Cinisello Balsamo (Milano), 2019, p. 170.
[2] Cf. D. Marguerat, Les Actes des apôtres (1-12), Labor et fides, Genève, 2007, p. 395.
[3] Cf. G. Ravasi, Il libro dei salmi. Commento e attualizzazione. Vol. 3 (Salmi 101-150), EDB, Bologna, 2015, p. 417ss.
[4] Cf. G. Ravasi, O. cit., p. 418.
[5] Cf. M. Nicolaci, Vangelo secondo Giovanni. Traduzione e commento, dans I Vangeli, a cura di R. Virgili, Ancora, Milano, 2015, p. 1646s.
[6] Cf. J. Mateos – J. Barreto, Il vangelo di Giovanni. Analisi linguistica e commento esegetico, Cittadella, Assisi, 1982, p. 795.
[7] Sur cet « autre disciple », on peut lire R. E. Brown, Cristo nei Vangeli dell’anno liturgico, Elledici, Leumann Torino, 2010, p. 294ss.
[8] J. Zumstein, L’Evangile selon saint Jean (13-21), Labor et fides, Genève, 2007, p. 272.
[9] Cf. R. Schnackenburg, Il vangelo di Giovanni. Parte terza, Paideia, Brescia, 1981, p. 510s.
[10] Cr. R. E. Brown, Giovanni. Commento al Vangelo spirituale. Capitoli 13-21, Cittadella, Assisi, 1979, p. 1265.
[11] Écoute, Seigneur, ma prière. Textes choisis et présentés par J.-P. Dubois-Dumée, Desclée, Paris, 1988, p. 256.
[12] http://toulouse.catholique.fr/Priere-du-pauvre
